Nord Laos et Thailande
Centre du Laos
Pakse, le soleil est encore bas, les moines font l'aumone, la ville se réveille gentiment. Nous sautons dans un bus publique pour nous rendre dans le centre du pays. Les bus sont dans un état pitoyable, ayant roulé des décenies en Chine et finissant leur carrière au Laos. Suspensions et ventilation absentes. A force de s'arrêter dans chaque petit village, charger une quantité de marchandises incroyable (y compris une moto; il y aura toujours une moto dans les bus que nous prendrons), nous nous retrouvons vite à septante passagers se partageant une cinquentaine de sièges et quelques tabourets en plastique installés dans le couloir. Tout se passe toujours dans la bonne humeur. Nous tenons maintenant une honorable moyenne de quarante kilomètres par heure, à travers la campagne laotienne, faite de petits villages aux maisons en bois, entourées de rizières. Nous partageons un peu de nourriture avec les locaux (l'occasion de manger tout ce que l'on voit dans les marchés mais que l'on n'ose jamais acheter). Comme on dit toujours: on a le droit de ne pas aimer, mais pas de ne pas gouter. Quelques 350 kilomètres plus tard (et neuf heures de route...), nous arrivons à Tha Khaet, petite ville le long du Mekong, et ancien poste important au temps de la colonisation francaise. La place du centre ville garde d'ailleurs aujourd'hui encore la marque de cette époque, tant par les quelques batiments coloniaux présents que par la vie des laotiens. Ceux-ci ont, en effet, gardés quelques habitudes de leur colons francais, et pas les pires. Jugez plutot: la pétanque (le Laos, peu connu sur la scène mondiale sportive, est multiple fois champion d'Asie de pétanque), les crêpes et les baguettes de pain. Le centre Laos, région peu touristique, les voies de communication n'ayant que récemment permis d'y circuler aisement. Nous sommes ici pour faire un petit trek dans des montagnes karstiques magnifiques et profiter de vivre un vie de village encore authentique. D'autant plus que le concept d'éco-tourisme et tourisme doux, impliquant un maximum les locaux et ayant un impact faible sur leurs traditions (mais leur amenant quand même des devises bien appreciées pour améliorer un niveau de vie très bas), se développe tout particulierement ici. Nous partons donc avec une guide parlant un bon anglais et un villageois connaissant bien la région ainsi que l'usage traditionnel de nombreux arbres et autres plantes, offrant ainsi des commentaires des plus intéressants. Et qui dit montagnes karstiques et régions subissant les affres de la mousson, dit immenses réseaux de grottes. Nous en visiterons quelques unes (enfin, juste leurs entrées). Elles sont énormes, suffisamment pour y batir des cathédrales! Nous nous sentons si petits, si fragiles. Et cela nous permet également de s'abriter un moment d'un soleil qui tape toujours aussi fort. Nous dormons dans un village isolé, ou une petite communauté vit de la culture du riz et du tabac. Nous voici spectateurs de la vie rurale, croisant les regards malicieux des enfants jouant a cache-cache, des femmes timides et des hommes heureux de nous montrer comment ils travaillent. Le souper est comme à la maison, épicé, riche en saveurs, parfait. Le jour suivant, nous traversons une portion de foret beaucoup plus dense, ou nous croisons un chasseur, et finissons la marche vers un lagon incroyable, ou une eau d'un bleu translucide sort du sol. Au retour vers la ville, nous nous arretons dans un marche local, et comprenons que le chasseur croisé le matin n'était pas un cas isolé: les étales regorgent d'oiseaux sauvages, d'écureils, de serpents... On y trouve egalement des grenouilles/crapeaux, des oeufs de termites et toutes sortes d'insectes. Il n'est vraiment pas loin au Laos le temps ou le peuple avait faim. Et quand on a faim, tout est bon à manger. Sur que
Nord du Laos
Nous voici à Vientiane, la petite et paisible capitale du Laos. Quelques jolis temples, loin cependant de la grandeur des monuments de Bangkok. A Vientiane, c'est plutot l'ambiance générale de la ville que nous apprécions. Une ambiance d'ailleurs reconnue par de nombreux expats qui ont ouvert cafés, resto et boutiques de souvenirs sympas. Fabien s'étant récemment enflammé le nerf sciatique (ou quelque chose du genre), c'est l'occasion de vérifier la réputation des massages locaux. Et bonne surprise: la douleur disparaît gentiment et totalement dans les deux jours.
Le nord du pays est reputé avoir des paysages magnifiques et une richesse culturelle infinie, avec ses nombreuses ethnies et la ville de Luang Pabang. Mais corrolaire, ce sera également plus touristique.
La route du nord, est longue, sineuse et en piteux état. Trop long pour la faire d'une traite. Nous décidons donc de nous arrêter pour la nuit a Vang Vieng. Ce petit village a traversé les siecles dans un anonymat complet, jusqu'a ce qu'un jour un occidental arrive et se dise "mais comme c'est joli ici, je vais construire une guest house", et quand un autre occidental le suive et dise "et moi apporter de l'alcool, de la drogue et des décibels pour y faire la fête". S'en suit alors toute la faune depravée d'Australie au Canada en passant par l'Europe, venant faire ici tout ce qui est interdit chez eux. Vang Vieng, certains viennent pour un jour et y restent des semaines, alors que d'autres continuent leur chemin aussi vite que possible. Mais tout le monde s'accorde à dire que la region est magnifique, avec ses rizieres entourées d'abruptes falaises calcaires. Mais peu enclins à nous meler à cette ambiance, nous poursuivons notre route pour Luang Pabang, la premiere capitale du royaume du Laos et un centre bouddhiste de grande importance en Asie. Aujourd'hui encore, des milliers de moines en robes oranges habitent les nombreux temples de la ville, offrant une atmosphere particulière. La partie historique de la ville se situe sur une péninsule formée par deux fleuves, le Mékong et son affluent le Nam Khan. Grace à une gestion de l'urbanisme extremement rigoureuse et intelligente sous l'egide de l'UNESCO, la vieille ville est définitivement une des plus belle et agréable d'Asie, mélangeant vie traditionelle et tourisme. Les touristes, parlons en à nouveau, après le triste spectacle de Vang Vieng. Une des scènes les plus charismatiques de la ville est l'aumone que font les moines chaque jour dès l'aurore. Les laotiens, agenouillés, la tête en bas, donnent un peu riz dans le bol des moines, leur seule nourriture de la journée. Ce rituel fait partie de la vie d'un bouddhiste, qui, ainsi, acquière du mérite et peu espérer une belle réincarnation. Alors bien sur la scene est saisissante, mais pourquoi faut-il que nombre de touristes suivent ces moines, les flashant en plein visage, tel un maillot jaune du Tour de France atteignant le sommet du Mont Ventoux? Pourquoi ces mêmes touristes trouvent-ils malin de participer à la cérémonie, s'immiscant entre les locaux et donnant un peu de riz en ne respectant si peu le rituel? Que diraient-ils si une horde de Laotiens nerveux et stressés (qui aura la plus belle photo -enfin... la moins moche, car ce n'est pas avec un flash surpuissant, un cadrage aléatoire et un moine démotivé que le cliché fera la fierté du touriste au retour de son voyage?) se bousculaient dans leurs églises au moment de la communion? Comment peut-on être si peu respectueux? Agir ainsi, c'est réduire des êtres humains en objets. Dommage, mille fois dommage. Bon, chacun a sa facon de voyager, mais ca, ce n'est pas la notre. La photo comme seul souvenir du voyage? Pourtant, une scène de vie, un événement furtif, devrait d'abord etre vécu, encore mieux, partagé, avant d'etre fixé sur pellicule. La photo comme souvenir du voyage, plutot que comme support au souvenir. Ledit souvenir qui, pourtant, inclut bien plus que des couleurs et un cardre: des bruits, des odeurs, des sensations. Ces touristes cherchent de l'authentique, livré sur un plateau, mais par leurs actes stupides amènent la création de zoos culturels. Pourtant, il n'est pas impossible de faire coincider les intérets des touristes, la culture des peuples visités et des minorités ethniques via, par exemple, les (d'ailleurs nombreuses) initiatives de tourismes doux. Ou encore la valorisation de l'artisanat local ou la création de festivals culturels.
Thailande
Après Luang Prabang, nous rejoignons la Thailande par bateau en deux jours de croisière sur le Mekong. Plus nous nous dirigeons vers le nord, plus l'atmosphère est chargée de particules, rendant les couchers de soleil toujours plus beaux, mais nous empêchant de profiter pleinement des paysages. La saison sèche touche à sa fin, les pluies de la mousson viendront bientot laver ce ciel si lourd. Le "slow boat" ou nous sommes porte bien son nom: c'est long, très long. A l'image du Laos, finalement: un pays ou il faut savoir prendre le temps. Un pays ou nous avons vécu des moments extraordinaires. Mais un pays ou voyager à la rencontre des laotiens reste malgré tout épuisant, et retrouver une Thailande avec de bonnes routes et un peu plus de confort ne nous gêne pas (nous sommes du reste surpris par le niveau de développement du pays). Nous rejoignons Bangkok en une semaine, via Chiang Mai, la capitale du Nord, si agréable car moins chaude et moins stressante que Bangkok. Chiang Mai, ancienne ville clé dans le commerce entre la Chine, l'Asie du sud-est et le sous-continent indien, ou les richesses du passé se retrouvent dans les quelques 400 temples de la ville. Mais pour ne pas risquer l'indigestion de temples, nous visiterons juste les deux principaux complexes, à l'architecture à mi-chemin entre celle de Bangkok et celle des temples bouddhistes que nous avions vu deux ans plus tot dans la province chinoise du Yunnan. Et question culture, la Thailande n'a pas que des temples à offrir, mais egalement un richesse culinaire (que nous aborderons pratiquement lors d'une journée intensive de cours de cuisine; riz, noddle et curry n'ont - presque - plus de secrets pour nous). Ce que l'on mange si bien... si l'on fait le petit effort de quitter les terraces des restos des guest houses, cuisinant soit des plats thais a l'européene, ou des plats de chez nous à la sauce thai. Toujours un échec. Alors que dans la rue, on nous sert avec le sourire des plats raffinés, subtilement assaisonnés, la véritable cuisine d'Asie! Bon, ensuite, quand il s'agit de boire une bonne bière, les terrraces ou jardins des guesthouses sont pour nous quand même plus cool que les bars a karaoké... Et n'oublions pas les massages! Nous serions bêtes de ne pas en profiter, surtout qu'apres trois mois en route nos dos commencent à sentir le poids du voyage... alors massage thai, massage des pieds, avec des compresses d'herbes chaudes et compagnie, on teste (presque) tout.
Après Chiang Mai, nous nous arrêtons à Sukkhothai puis Ayyuthaya, les deux anciennes capitales de l'ancien royaume de Siam. Ayuthaya porte aujourd'hui encore la trace des récentes innondations, de nombreux temples, dejà bien mal en point suite aux raides birmans du XVIIIe siecle, sont interdits d'acces (bon, de toute facon, quand nous voyons comment les murs et chedis penchent, nous n'avons guere l'envie de nous aventurer trop pres...).
Et finalement nous (re)voici maintenant a Bangkok, la boucle est bouclée. Nous profitons encore un peu de l'excellente nourriture de la capitale (nous n'avons pas trouvé mieux ailleurs). Et ensuite: départ pour Kathmandu et les hautes montagnes!
Et comme d'habitude, quelques photos pour illustrer le texte, en rejoignant l'album en cliquant ICI