Népal

Publié le par Fabien et Séverine

Des montagnes qui percent les nuages, des peuples aux cultures si variées, une histoire où s’imbriquent l’hindouisme et le bouddhisme et agrémentée de mille courants aux origines aussi vieilles que l’Humanité: nous voici au Népal, au pied de l'Himalaya. Un Royaume de treks agissant sur nous comme un aimant. Nous y sommes déjà venus en 2009, il nous fallait y retourner lors de ce voyage, nous plonger à nouveau au cœur de Katmandu, visiter les vallées les plus profondes et les montagnes les plus hautes, s’émerveiller devant ces montagnes et ces peuples aux multiples facettes.

 

Le Manaslu

Cette année, c’est dans le centre du pays que nous partons pour trois semaines de trek, plus précisément dans la région du Manaslu. Nous accueillons René, ami de longue date qui découvre le Népal. Accompagnés d’une formidable équipe de cuisiniers, guides et porteurs, nous démarrons cette aventure à Gorkha et rejoignons les sentiers menant au Manaslu via des cultures en terrasse de riz (à basse altitude), puis de blé. Des villages Gurung, l'ethnie peuplant ces collines du centre Népal, et leur maison aux toits d'ardoises se partagent les pentes raides avec les champs.  Des contrastes de verts offerent par les jeunes pousses de riz et les épis de blé nous passons aux contrastes de rouges lorsque nous montons jusqu’à un col à près de 3000 mètres d'altitude et que fleurissent les rhododendrons, ici des arbres atteignant parfois les dix mètres de haut. Un groupe d'une petite vingtaine de vautours nous accompagne au col, majestueux avec leurs immenses ailes et leur capacité de suivre les courants d'air chaud pour planer indéfiniment. Du col, nous plongeons au fond de la vallée de la rivière Burhi, puis longeons des gorges bordées de falaises de plus de 2000 mètres de haut. Nous nous sentons si petits, si fragiles au pied de ces infinies parois minérales et du bruit assourdissant de la rivière. Quelques petits villages s’accrochent aux parois presque verticales, exploitant chaque petit lopin de terre disponible. Puis la vallée s’ouvre, un peu. Nous entrons à Tsum, une vallée bouddhiste très longtemps interdite au tourisme où quelques monastères sont aujourd’hui de grande importance car la région a donné quelques "tulku", des réincarnations d'importants maîtres lamas. Plus plate et avec quelques habitants étant aujourd’hui de respectés lamas dans les monastères de Kathmandu, la vallée est relativement prospère, en tout cas comparé à ce que nous avons vu jusqu'à présent. Les maisons de pierre semblent plus solides, quelques panneaux solaires et petites centrales hydrauliques amènent suffisamment d’électricité pour que les ampoules remplacent les bougies et – il semble être là le point le plus important – fasse fonctionner la télé. Pas de chauffage, pas de toilettes, des lits durs, des fenêtres mal isolées, mais une télé. Une vision de la modernité comme une autre, d’ailleurs observées dans toutes les régions en développement d’Asie.

Népal - village gurung de Barpak

En ce début de trekking, la météo n’est pas avec nous: alors qu’avril est normalement un mois sec, propice à la marche en montagne, il pleut cette année tous les jours durant l’après-midi. D’ailleurs, notre guide, Dhakal, ne sait plus quoi penser : ces dernières années, la météo est imprévisible dans l’Himalaya; le climat change, clairement. Et lorsqu’on vit dans des écosystèmes aussi fragiles qu'ici, que la pression démographique est grande et le développement de l’agriculture très limité, les populations locales sont particulièrement touchées par une petite modification de leur équilibre précaire. Si un mauvais temps en avril signifie pour nous, touristes, quelques vues gâchées par les nuages sur les montagnes, un régime de mousson détraqué peut vite amener à la misère et la mort pour ces villageois. Un avantage aux nombreuses précipitations: chaque matin le ciel est dégagé, lessivé de toutes ses particules, nous offrant ainsi un spectacle grandiose sur les sommets fraîchement enneigés du massif du Ganesh Himal. La culture dans la vallée de Tsum est bouddhiste tibétaine (au Népal, l'hindouiste est ancré en plaine et dans les basses montagnes, puis le bouddhiste le remplace dans les hautes vallées, reflétant ainsi  les voies de colonisation du pays - les hindous depuis le sud, les peuples d'origine tibétaines depuis le nord) et nous nous sentons plus proche de Lhassa que de Kathmandu. Les maison sont très serrées les unes aux autres, construites selon un schéma unique : une cour intérieure boueuse où dorment les bêtes (généralement quelques poulets, un petit troupeau de yaks et des chiens de garde... fort bruyants la nuit d'ailleurs), surplombée par l’habitation, généralement guère plus d’une ou deux pièces sombres; le foyer alimenté d’un peu de bois et de beaucoup de bouses de yaks séchées occupant le centre de la pièce et de la vie familiale. Les femmes portent le costume traditionnel tibétain: longue robe noire et tablier coloré. Les hommes ont principalement abandonné la tunique au profit des jeans.

Après la vallée de Tsum, nous retournons dans notre gorge pour monter, toujours et inlassablement monter vers la base du Manaslu. La vallée s'élargit, les falaises rétrécissent, les villages sont maintenant plus grands, et toujours bouddhistes. Avec l'altitude, la température diminue, l’oxygène se raréfie. La vie est là-haut plus pénible, et cultiver quelques légumes et autres céréales dans ces champs de pierres relève du miracle. Ou plutôt d’un dur, très dur labeur. Le village de Lho, à 3200 mètres d’altitude et son magnifique monastère nous offre la première vue sur l’imposant Manaslu et ses 8154 mètres. Un détour nous menant le long d’un glacier nous permet d’atteindre un des plus incroyables panoramas qu’ils nous ait été donné de voir: à plus de 4000 mètres, juste devant nous, sous un ciel splendide, se dressent les majestueux massifs du Manaslu, de l’Himalchuli (7893m), du Bouddha Himal (6672m) et du Katang Himal (6235m). Le Tibet est juste derrière nous, si proche mais en même temps si innacessible...

Nous continuons de monter la vallée, passant le village de Samagaon et ses grands troupeaux de yaks, pour finalement atteindre le dernier lieu d’habitations permanent de la vallée, le village de Samdo, à 3900 mètres d’altitude. La vie est ici d’une dureté impensable. Nous somme mi-avril et il gèle encore la nuit, un vent glacial descendant droit de séracs suspendus non loin du village et près à s'écraser dans un effroyable fracas  balaie des habitations rustiques où les courant d'air parcourent les pièces et nous empêchent de nous réchauffer. Plus la vie est dure, plus nombreux sont les drapeaux de prières flottant au vent, les stupas aux portes des villages, et les anciens passent plus d'heures qu'ailleurs à faire tourner les moulins à prière en récitant des mantras, accompagné de leur mâlâ, chapelet à 108 graines.

Dans ces régions sauvages nos regards se portent sur toutes les traces de vie. Gypaètes barbus, aigles et vautours sont les rois des cieux, les marmottes se partagent les rares pâturages plats avec les yaks, alors que les bharals, proches cousins des mouflons, occupent les pentes les plus raides. Et alors nous rêvons. Le si mythique, si mystérieux et si rare léopard des neige doit certainement passer dans ces régions. Invisible, ce sont donc quelques marques de son passage éventuel que nous recherchons, empreintes immortalisées dans un névé, crottes, poils… mais rien. Il restera définitivement invisible. N’est-ce pas ainsi merveilleux ? Puisqu’il nous faudra revenir un jour afin de finalement le voir.

Népal - le Manaslu dans toute sa splendeur

Puis nous voici au pied du col de Larkya, passage unique pour rejoindre la vallée montant aux Annapurna, qu’il nous faut rejoindre pour finir le trek. A quelques 5200 mètres d’altitude, enneigé, le col, bien que n’ayant aucune difficulté technique particulière, est pour tous un challenge. Il nous faut marcher avec un air pauvre en oxygène. Lentement mais sûrement. Mais il suffit de jeter un coup d’œil à nos porteurs qui suivent le même chemin avec vingt-cinq kilos sur le dos pour se dire que notre situation est finalement assez bonne. Et en plus il fait beau, après une nuit glaciale où le thermomètre est descendu bien en dessous de zéro. La vue, une fois de plus, est magnifique. Que de montagnes, que de séracs, glaciers, moraines aux proportions à faire pâlir nos plus beaux cirques alpins !

La fin du trek suit les sentiers de l’Annapurna, un trek qui ne se fait plus sous tente, mais dans des lodges étonnamment confortables. Alors que nous apprécions retrouver un peu de confort après vingt jours de marche et profiter d’une bonne bière sur une terrasse, le côté sauvage et rude de notre Manaslu nous rend déjà nostalgiques. Trop de monde, beaucoup trop de monde circule autour des Annapurnas, alors que la région du Manaslu, ouverte au tourisme depuis peu et pour la première fois cette saison équipée en lodges rustiques voit encore passer peu de trekkeurs – mais toutes les prédictions annoncent que ce trek va devenir un nouvel Annapurna. Amateurs de treks sauvages et grandioses, dépêchez-vous !

Pour voir les photos du trek cliquez ICI.

 

Katmandu

Le trek fini, il nous reste cinq jours pour profiter de la région de Katmandu. Heureux d’un trek où tout s’est bien déroulé, mais très, très fatigués. On sent les quatre mois de voyage et ces trois semaines de marche auront fini d’épuiser nos dernières forces. Quant à René, il a, à son habitude, toujours autant d’énergie. Tant mieux d’ailleurs, ça nous motive à profiter au maximum de cette ville unique qu’est la capitale népalaise. Carrefour de religions, de peuples, de commerce et d’histoire, Katmandu est assurément une des villes les plus passionnantes du monde à découvrir. Chaque quartier offre des tranches de vies fortes. Le quartier bouddhiste de Bodhnate et son immense stupa observant les fidèles qui tournent, tournent et tournent toujours dans le même sens, afin que tout un peuple élève les esprits vers les cieux en est un bon exemple.

Non loin de Bodhanate, le temple hindou de Pashupati, dédié au dieu Shiva, créateur et destructeur, est tout autant incroyable au vu des cortèges, sacrifices et funérailles que l'on observe. Dans les deux sites, deux cultures millénaires vivent leur foi intensément. Contraste entre le calme et la sérénité bouddhiste, et le bruit et le désordre apparent des hindous.

Il fut un temps ou la vallée de Katmandu n'était pas unifiée. En ces temps, l'actuelle capitale népalaise se partageait les terrres avec d'autres rois, notamment ceux de Patan et de Bhaktapur. Nous pouvons aujourd'hui nous imaginer la vie en ces temps en nous promenant dans les vieux quartiers des ces villes, bien conservés. Cette année, une mention spéciale pour Patan, puisque nous sommes arrivés le jour du festival de Machchhendranath, en l'honneur de la mousson toute proche, que les newaris (le peuple de la vallée) espère généreuse. A cette occasion, d'immenses chariots sont poussés à mains d'hommes à travers la ville. Dans un chaos et une ambiance toute hindoue, naturellement.

 

 Katmandu - festival de la mousson à Patan

 

Fin

Et voilà. Un des enseignements du bouddhisme met en avant la nature transitoire de chaque chose, et il n’en est pas autrement pour notre voyage qui touche maintenant à sa fin. Ces quelques lignes sont d’ailleurs écrites depuis la Suisse, où nous avons atterri la tête pleine de belles aventures et de beaux paysages. Si l’avion semble rétrécir la Terre, tant il est possible aujourd'hui d’atteindre le bout du Monde en quelques heures, notre périple à travers toutes ces cultures et écosystèmes variés met en avant l’immense richesse qu’héberge notre petite et fragile planète. Le Monde est parfois beau, parfois cruel, mais toujours intéressant à découvrir. Alors nous ne pouvons qu’espérer que vous avez eu du plaisir à partager avec nous nos découverte, et nous espérons vous avoir donné l’envie d’aller par vous-même vérifier nos écritures, et vous forger votre propre opinion.

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M
Coucou vous deux! Vos photos sont à couper le souffle, dignes d'un National Geographic ou d'un ANIMAL. Et les commentaires sont toujours très instructifs!<br /> On vous voit vraiment bien dans les différentes étapes de votre voyage. Merci encore de partager ça avec nous pauvres citadins!!<br /> A bientôt<br /> Montserrat
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C
merci pour ces magnifiques récits que j'ai lu avec énormément de plaisir. ça donne effectivement envie de découvrir tout ces endroits... à tout bientôt, peut-être aux Marécottes ou à Emaney, un<br /> autre coin de paradis... Chantal
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F
Très beau texte et belles photos mais mince, vous n'avez pas vu le léopard... Vous êtes vraiment obligé de retourner si loin ?
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P
ouha, cette région est vraiment superbe ! Toujours autant de plaisir à la découvrir grâce à vos magnifiques photos.<br /> Merci aussi pour votre très belle carte du Laos, cela nous a fait très plaisir.<br /> J'espère que l'on se verra bientôt<br /> Pascal et Sandrine
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