Vendredi 3 juillet 2009

A travers les contrees tibetaines du Kham et de l'Amdo.


Litang
La petite ville de Litang est notre premiere halte depuis Shangri La. Situee a 4000 metres d'altitude, cette bourgade a quelque chose de surnaturel: une lumiere si particuliere, un air si pur (et si rare), et cette sensation de pouvoir toucher les nuages tant ils semblent proches de nous. Cette fois on se sent vraiment en terres tibetaines. Les chinois hans sont tres minoritaires, et les costumes traditionnels des khampas habillent tant les hommes que les femmes. La petite ville moderne est entouree de la vieille ville tibetaine, avec ses maisons de terre, ses etroites ruelles ou deambulent tant les yaks en quete de quelques verdures a mettre sous la dent, que les grands-meres marchant en tourant leurs moulins a prieres et recitant leurs mantras. Surplombant le village, le grand monastere de Litang domine les plaines environnantes. Comme beaucoup de monasteres dans la region, il est en pleine reconstruction - non pas que les chinois ont du remord d'avoir tout casse durant la revolution culturelle, mais ces monasteres vont devenir des attractions touristiques dans les annees a venir, quand les infrastructures et les routes auront atteint le confort suffisant pour amener des flots de touristes chinois. Il y a peu de moines au monastere au moment de notre visite, ils sont tous en ville.
Non loin de la ville se trouve le site des "enterrements celestes" , lieu ou est pratique un rituel funeraire propre aux Tibetains, rituel auquel nous avons eu la chance d'assister (pour en savoir plus sur les enterrements celestes, lire la page que nous y avons consacree en suivant le lien ici).
Lors d'une escapade a cheval, nous rencontrons nos premiers nomades, une famille avec deux enfants qui vivent dans une tente au confort plus que sommaire. Ils deplacent leur troupeau de yaks a cheval, traient les chevres et recuperent les bouses qui alimenteront le feu. Seul un petit panneau solaire et un telephone portable nous rapelle qu'on vit quand meme au XXIe siecle. En chemin, nous nous arretons a une source d'eau chaude (tres chaude, tres sulfureuse), l'occasion d'un petit bain qui fait tant de bien pour la peau.


Ganze

A une petite journee de route de Litang, encore plus pres du Tibet (et plus loin des chinois hans...) se trouve la ville de Ganze. Le long d'un fleuve, face aux montagnes Cholas - impressionants massifs calcaires, aux pics aceres qui culminent a plus de 6000 metres d'altitude - Ganze est idealement situee et, comme a Litang, la petite ville moderne est entouree de la grande vieille ville toute tibetaine, et d'un immense complexe monastique (arbitant quelques quatre cents moines) surplombant la ville. La visite du monastere nous amenera non pas dans la salle de priere, mais dans une petite piece qui sert pour quelques moines de cuisine et salle de sejour. Nous sommes invites a boire le the (sale, evidemment), puis a partager le repas en leur compagnie (lard, riz et patates, et du yogurt comme dessert). Il faut dire que si Litang croise tres peu de touristes occidentaux, Ganze n'en voit presque plus aucun depuis deux ans (la region fut fermee a maintes reprises ces dernieres annees, et presque totalement en 2008 - JO obligent). On est donc un peu (beaucoup) l'attraction locale, tout le monde nous salue, nous observe, toujours dans une bonne ambiance. Apres un moment en compagnie des moines, leurs langues se delient et, malgre la frontiere linguistique qui nous separe, ils nous font comprendre toute la haine qu'ils ont des chinois et combien ils venerent le Dalai Lama. Ils possedent tous, cache au plus profond de leurs habits, un pendentif avec une photo de leur leader, et certains ont meme des clips anti-chinois sur leur telephone portable. On prendra conscience tout au long de notre periple de la popularite du Dalai Lama. Une seul parole de celui-ci peut tout changer dans la region, et on prend conscience de la difficulte de sa tache dans son dialogue avec la Chine.
Le lendemain, nous partont a pied pour decouvrir la campagne environnante. A travers les plaines ou paissent les yaks et les villages, nous decouvrons le quotidien des Khampas. Nous ne marcherons pas aussi loin que prevu puisqu'a chaque fois que nous croisons du monde nous sommes invites a boire le the (toujours sale), manger la tsampa (farine d'orge ou de mais grillee melangee a du the au beurre de yak ou de chevre sale) ou des galettes de pain (sans sel). A chaque fois de beaux moments, empreints de spontaneite et d'amitie gratuite.

Trek Manigango - Meisu

Apres deux jolie petites villes, nous arrivons a Manigango, ville carrefour et surtout ville... tres moche et beaucoup moins sympa que Litang et Ganze. Pas vraiment motives de s'y attarder, nous profitons d'une rencontre avec un moine qui a appris l'anglais a Lhassa et qui, repondant a notre requete, nous dit qu'il peut nous organiser un petit trek de trois jours qui nous amenera a Meisu, dans la region de Dege. Cool, se dit-on! Mais ici, ce n'est pas le Nepal, ni le Sikkim: la region a des decenies de retard en matiere d'organisation de trekkings, et on part un peu pour l'aventure. Cela se confirme des le premier soir lorsque l'on voit la bache trouee qui nous servira de tente. En plus, pas de matelas pour s'isoler du sol (et la pluie arrive sitot qu'on se glisse dans nos sacs de couchage). On arrive a faire en sorte de rester au sec, mais la nuit fut courte... Le deuxieme jour nous amene a passer un col a pres de 5000 metres et a rejoindre une vallee incroyablement isolee ou vivent des nomades. On est un peu surpris de longer cette vallee car, d'apres la description sommaire du parcours a suivre qu'on avait, on aurait du passer d'autres cols en direction de l'ouest, alors que nous marchons direction sud-est. Bizarre, bizarre. Apres avoir bu du the (toujours sale) avec les nomades, nous marchons jusqu'a un petit village ou nous nous arrangeons pour passer la nuit chez une connaissance de notre guide. Le village possede aussi sa source thermale, un bon bain ne faisant jamais de mal! Encore plus que d'habitude, nous sommes ici l'attraction locale. Alors que les enfants on vite fait de comprendre combien un appareil photo numerique est rigolo, les magnifiques dames plus agees sont par contre tres timides (dommage pour les photos, elles etaient tellement belles dans leurs habits traditionels et toutes ornees de bijoux et de coiffes richement decorees de turquoises). Au souper, re-the au beurre sale et re-tsempa. La nuit, qu'ont esperait plus confortable que la precedente, ne fut guere meilleure: les matelas etaient fait de pierres plus ou moins plates,  une beau de moutons comme oreiller, et la piece etait enfumee (les cheminees ne sont pas courantes). Bref, re-mauvaise nuit. Pas grave, se dit-on, puisqu'on nous a annonce que nous atteindrons Meisu en trois ou quatre petites heures de marche le dernier jour. Sauf qu'apres sept heures de marche, nous arrivons dans une vallee ou l'on nous dit que Meisu se trouve a une dizaine de kilometres plus au nord! Et cette fois tout prend forme: nous comprenons que nous n'avons pas pris le chemin prevu, que nous avons fait un immense detour, et c'est pourquoi on nous disait que nous etions les premiers touristes a traverser la vallee ou nous avons dormi! C'est plus un malentendu qu'une erreur de notre moine apprenti-guide. Comme on le lui explique, il n'est pas si facile de s'improviser guide, et que malgre les quelques couacs, nous garderons un bon souvenir des moments incroyables passes avec les nomades et les villageois. Et nous comprenons aussi que le prix a payer pour vivre ces moments uniques est de voyager dans des contrees perdues, hors des sentiers battus, ou les infrastructures ne sont pas prevues pour les touristes. Parfois un peu difficile, mais au final si enrichissant!

Dege
S'il est un coin isole en Chine, Dege serait candidat a la premiere place. Dege est si difficile d'acces que meme les chinois, durant la revolution culturelle, n'ont pas reussi a y mettre pied. Et c'est tant mieux! Car du coup la ville et ses environs possedent encore des monasteres intactes, ou la vie semble la meme depuis des siecles. Dege est connu dans tout le monde tibetain pour son imprimerie. Dans un seul batiment, au pied de la vieille ville, se trouve, graves sur des tablettes en bois (il y en aurait entre 270000 et 320000 selon les estimations), toute la connaissance tibetaine, dans des domaines aussi varies que l'histoire, la science, la medecine et, evidemment, la philosophie bouddhiste. Si bien qu'aujourd'hui Dege possede dans ses murs environ septante pourcent des textes tibetains, et est considere, avec le Potala et le monastere de Sakyu a Lhassa, comme un des trois plus importants sites du bouddhisme tibetain. Une visite dans cette imprimerie, ou aujourd'hui encore sont imprimes sur papier ces textes pour etre envoyes dans tous les monasteres du monde afin que les apprentits moines puissent les lire, est un moment fort, charge d'histoire.
Pour quitter Dege et se rendre plus au nord, il nous faut remonter des gorges profondes puis passer un col a 5080 metres d'altitute (et la on  comprend mieux pourquoi les chinois ont eu tant de peine a venir).

Yushu
Derniere halte dans le Kham, Yushu est aussi la premiere vraie ville que nous rencontrons depuis maintenant plus de deux semaines. Et comme toujours lorsqu'on arrive en ville, le s entiment est toujours partage: d'un cote retrouver un peu de confort n'est pas derangeant, mais d'un autre, le calme des regions de plaines ou de montagnes nous est tellement agreable qu'on peine a supporter l'agitation des villes. Avec toute la fatigue que l'on a accumulee, c'est d'autant plus difficile a gerer. On passe donc du temps a se reposer. Mais on profite tout de meme de visiter les environs de la ville, notamment l'incroyable mur de mani. Les manis sont des textes sculptes et/ou peints sur des pierres, qui sont ensuite entasses pour former des murs plus ou moins grands, autour desquels marchent les pelerins. Ses murs sont nombreux au Tibet, mais a Yushu se trouve probablement le plus grand de tous, puisque les estimations disent qu'il serait fait de quelques deux milliards (!) de pierres. Vraiment impressionant.

Il est temps maintenant pour nous de quitter le monde tibetain et de regarder vers l'ouest et le monde ouighour. Il nous reste un dernier trajet en bus de Yushu a Xining, a travers les plaines et les montagnes de l'Amdo. Paysages superbes, mis en vie par les troupeaux de yaks, et de moutons. Mais aussi par de furtives rencontres avec des kiangs (sorte de chevaux sauvages), de petites antilopes, de rapaces... Tout aurait ete si beau si les chinois avec qui nous partageons le bus ne fumaient, crachaient, petaient et vomissaient pas tout le temps... A nouveau, on a rien sans rien...


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