Jeudi 30 avril 2009
Le Kangchenjunga. Considere quelques temps comme etant la plus haute montagne du monde, les GPS et autres outils de mesures modernes l'ont retrograde au troisieme rang. S'il en a des lors perdu en celebrite, il en a certainement gagne en serenite. On voulait un joli trek moins couru que l'Everest ou les Annapurnas, et nous avons vise juste! Situe tout a l'est du Nepal, loin de Kathmandu, dans une region connue ces dernieres annee pour avoir ete le bastion des maoistes, le massif du Kangchenjunga voit peu de trekkers, et encore moins d'expeditions visant a atteindre son sommet, repute difficile. Notre trek devait durer 17 jours, mais les mauvaises conditions meteo ont empeche notre avion d'atterrir sur la pelouse de Sukhetar qui sert d'aerodrome. Apres avoir survole la region, retour en plaine, a Biratnagar, ou nous prenons une jeep qui nous amenera, par la route, a Sukhetar. Par la route, c'est un bien grand mot. Car si les premiers kilometres a travers rizieres, plantations de the et gorges profondes se font sur un jolie route goudronnee, les cent derniers kilometres se font sur une piste en terre defoncee, etroite et sinueuse. Finalement, au lieu de vingt-cinq minutes en avion, nous avons mis quatorze heures en jeep pour rallier le depart du trek. Mais nous ne sommes pas decus: les paysages etaient superbes, et ces trajets en jeep sont toujours des aventures merveilleuses. Nous rencontrons notre equipe de porteurs et de cuisine, paquetons les affaires et partons a pied. De 1500 m d'altitude, nous montons en plusieurs jours jusqu'a 4800 m au lieu-dit de Okthang ou nous avons une vue magnifique sur le massif du Kangchenjunga. Ces premiers jours nous permettent de nous acclimater a l'altitude (mais malgre tout la migraine n'a pas manque de nous toucher a differents niveaux, mais rien de bien grave). Ces jours nous ont aussi permis de toucher de pres la vie de village de cette region. Les cultures en terrasses de cereales, riz et pommes de terre et la ceuillette de cardamone dans les forets humides, l'elevage de quelques vaches, cochons et poules occupent les journees des locaux. Il fait beau tous les jours... jusqu'en fin d'apres-midi ou nous essuyons regulierement de jolis orages. L'ambiance est excellente, la cuisine de grande qualite, tout va bien. Comme seuls autres touristes pour nous accompagner ces premiers jours, une equipe d'alpinistes espagnoles (enfin, comme ils se decrivent eux meme "trois basques, un catalan et le reste, se sont des espagnols") et de la televion espagnole qui les suit. Ils veulent atteindre le sommets du Kangchenjunga. Ils sont sympas et mettent l'ambiance le soir au campement. La limite des cultures et de la foret est proche des 4000 metres d'altitude, et au-dessus on decouvre la vie des montagnes, ou les yaks, les bahrals (sorte de moufflons) et les grands rapaces et charognards (y compris le gypaete) dominent. La neige n'est pas loin, les nuits fraiches (certainement un peu en dessous de zero degre). Et les paysages grandioses. A Okthang, seuls faces aux plus hautes montagnes du monde, on se sent petits, et l'on prend plainement mesure de la chance qu'on a d'etre ici. Apres Okthang et la face sud du Kangchenjunga, nous nous rendons a Pang Pema, a 5200 metre d'altitude, pour contempler la face nord de la montagne. Mais pour y arriver, il nous faut traverser trois cols puis remonter une autre vallee pendant trois jours. La traversee des cols fut une longue journee, pour nous mais surtout pour les porteurs (qui ont quand meme 30 kilos dans le dos!). Neige et brouillard au rendez-vous ne rendent pas la marche facile. Mais ces porteurs sont vraiment de solides gaillards! Et les mots ne seront jamais assez elogieux pour decrire leur incroyable forces physique et mentale. Donc finalement nous atteignons Pang Pema, et la aussi la chance fut avec nous puisque les nuages se dissipent et nous offrent une vue grandiose sur le Kangchenjunga et toutes les montagnes environnantes, faisant frontieres avec l'Inde et la Chine.
Les derniers jours de marche se passent a redescendre une vallee pour rejoindre le point de depart.Ce qui est interessant, c'est que culturellement la vallee qu'on a monte et differente de celle descendue, donc on ne s'ennuie pas. La vallee est bouddhiste, longtemps influencee par le Tibet, et nous en profitons pour visiter quelques monasteres. En plus, les rhododendrons commencent a fleurir (et ici les rhodo n'ont rien a voir avec les buissons de chez nous. Ce sont des arbres de plusieurs metres de haut!). Et l'avant dernier jour - 20 avril - Severine a meme droit un digne anniversaire, avec ragout de chevre (on a enfin compris la vraie utilite du kukuri, le couteau local... mais la pauvre chevre, elle, n'a par contre rien vu venir...) et un joli gateau. La bonne humeur des Nepalais (et peut-etre aussi l'alcool de millet local) ont anime la soiree de chants et de danses. Un bel anniversaire.
De retour a Sukhetar, fatigue mais heureux, nous attendons le petit avion (un twin otter de vingt places dont l'etat aurait de quoi effrayer plus d'un controleur aerien de chez nous) qui nous ramene a Biratnagar, puis a Kathmandou.
L'Himalaya comme ont en revait: si haute, si riche culturellement, si depaysante.

 

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