Apres la Chine, nous voici au Kirghisistan, jeune pays sorti des cendres de l’Union Sovietique, coince au coeur des Monts Celestes. Ne beneficiant pas des richesses petrolieres et gazieres comme ses voisins Kazakhs, Ouzbeks ou Turkmenes, le Kirghisistan doit trouver ailleurs des moyens pour se developper. Et le tourisme pourrait bien etre la cle du succes, tant le pays a a offrir!
Un sud Ouzbek
De Kasghar, en Chine, nous entrons au Kirghisistan via le col de l’Irkhestam, tout au sud du pays. Nous continuons en direction de Osh, deuxieme plus grande ville du Kirghisistan, aux allures de
petite bourgade. Osh fait geographiquement et culturellement partie de la vallee de la Fergana, creusee par le fleuve Syr-Daria qui s’ecoule le long de l’Ouzbekistan. Seul une aberration
faite lors du remaniement des frontieres sous Staline a inclu Osh dans le Kirghisistan. Si bien qu’aujourd’hui cette region du pays est peuplee majoritairement d’Ouzbeks, et donc l’ambiance
a
Osh est tres orientale, avec un petit air istanboulote qui flotte
au bazaar. Boire un the dans une chaikana (imaginez une table basse avec un bol de the et des nans chauds (pains), des coussins, a l’ombre d’un arbre) est ideal pour se reposer. La journee est
rythmee par les appels a la priere. Les hommes portent le petit chapeau traditionnel et discutent en buvant du the; les femmes portent le foulard (un peu negligemment quand meme… l’Islam n’est
pas – encore – tres radicalise ici).
Mais la chaleur torride et les montagnes non loin de la ville nous poussent a partir direction d'Arslanbob et la plus grande foret de noix du monde (la legende raconte qu’Alexandre le Grand aurait amene les noix en Europe après son passage ici). Nous decouvrons l’hospitalite ouzbek dans une famille chez qui nous dormons, avec sourires et accueil chaleureux toujours au rendez-vous. Nous decouvrons les montagnes aux alentours en deux jours de marche. Les paysages nous font un peu penser aux Alpes du Sud. Dans le genre economies mal placees, nous decidons de porter toute nos affaires et de ne pas prendre de porteur… dur dur! Surtout que la tente qu’il nous ont trouve fait plus de quatre kilos. Et il fait toujours tres chaud.
Un nord sovietique
Bishkek est la capitale du pays. Ville batie sous l’URRS - l’architecture sovietique et l’organisation des rue “a la Chaud-de-Fond” en est typique – Bishkek attire tous les jeunes du Kirghisistan pour le travail ou les etudes. Il en resulte une ambiance fraiche, tres festive. La vodka et la biere coulent a flot, les bars, casinos, et autres cabarets sont a tous les coins de rue… sexe, alcool, argent: pas tres sain comme vie... Notre passage a Bishkek est du a notre besoin d’un visa pour le Kazakhstan. Et c’est ainsi l’occasion pour nous de decouvrir la bureaucratie des republiques sovietiques (et franchement, on s’en serait bien passé!). Finalement, notre visa en poche, nous pouvons quitter la ville pour decouvrir un Kirghisistan plus pittoresque et authentique.
Un centre… equestre
De vertes collines ondulant a plus de trois milles metres d’altitude, des lacs, des yourtes, des chevaux, des moutons… le Kirghisistan en carte postale. C’est la region du lac de Song-Kol, au
centre du pays, royaume des cavaliers et des nomades. Nous decidons de decouvrir cette region a cheval et de dormir de yourtes en yourtes. La splendeur des paysages nous fait oublier les maux de
dos, de genoux, de fesses (quoique finalement pas aussi terribles
qu’attendus) procures par de nombreuses heures assis sur notre selle. Les orages sporadiques nettoient le ciel et revelent des decors infinis aux couleurs tres contrastees. Et l’acceuil par
les familles de nomades, la decouverte de la vie dans les yourtes rendent le trek encore plus beau. Ici la vie est dure, surtout pour la femme et les filles qui bossent du matin au soir. Nous
avons l’impression que l’homme se sort tres bien de la repartition des taches… L’occasion aussi pour nous de gouter a la boisson nationale, le Kymiss (lait de jument fermente). Pour rester polis,
nous nous contenterons de dire que nous n’avons pas tellement apprecie le gout… si particulier. Et si le cheval est roi dans le bol, c’est le mouton qui reigne dans l’assiette. Et nous avons
droit plus souvent a du vieux bouc qu’a un jeune agneau...
Un ouest alpin
Au coeur des Monts Celestes se trouve le lac d’Issyk-Kol, si grand, si bleu. Borde de plages de sable sauvages et de petites stations balneaires qui attirent les touristes Russes et Kazakhs, c’est pour nous l’endroit ideal pour une petite pose et des baignades recuperatrices. Et c’est aussi l’occasion d’assister a une chasse a l’aigle par Tumura et son maitre Ishenbek (sans oublier le role cle, mais triste, du pauvre petit lapin). La tradition de la chasse a l’aigle existe depuis la nuit des temps dans l’Altai mongolien et les Tian Shan Kazakh et Kirghize. Aujourd’hui, dans les ex-republiques sovietiques, cette tradition vit surtout a travers le tourisme et les festivals nationaux.
Pour le dernier trekking de notre voyage, nous nous rendons a Karakol, petite bourgade proche des montagnes. Karakol possede, comme nous l'avons deja vu a Kashgar, son marche aux bestiaux tous les dimanches matins. Moutons, chevres, vaches et chevaux se marchandent dans une poussiere et un brouhaha incessant, et, une fois l'achat conclu, les betes suivent leurs nouveaux proprietaires. Si les vaches et les chevaux partent en remorques ou a pied, les chevres et les moutons trouvent place dans les coffres des voitures. Quel folklore! Jouxtant le marche aux bestiaux se trouve le marche aux voitures, ou des Mercedes, Audi et BMW venant droit d'Europe cherchent acheteurs. Il y a egalement quelques (tres) vieilles Lada (dont une de 1975!) qui malgre leur age roulent encore.
Le lendemain, nous partons en trekking avec Bob le russe, un porteur qui se revelera etre un excellent guide, et Aselena, notre cuisiniere (he oui, pour la premiere fois nous partons en trek avec
une femme). De la vallee de Jeti-Oghuz (literalement, les sept pierres) nous rejoignons les sources thermales d'Altyn Arashan en six jours. Les cols sont raides et parsemes de neves, les glaciers
surplombent de beaux lacs turquoises, les flancs de montagnes sont couverts de coniferes et les montagnes ont leurs sommets enneiges. Alors si cela ressemble tant a nos Alpes, pourquoi
aller la-bas? Imaginez des Alpes sans stations de skis, sans cabanes, sans routes, sans barrages, sans lignes electriques... bref, la nature et rien d'autre (sauf quelques yourtes, mais ca c'est
cool). Et comme chez nous, le temps n'est pas toujours tres beau (pour avoir tant de vegetation, il faut bien qu'il pleuve). Heureusement, Bob le Russe sent suffisement bien la pluie et decide
toujours au bon moment de planter le camp pour que l'on passe l'orage au sec! Et apres toute la fatigue accumulee, nous atteignons Altyn Arashan et profitons de ses sources d'eau chaude pour
recuperer.
La petite ville de Litang est notre premiere halte depuis Shangri
La. Situee a 4000 metres d'altitude, cette bourgade a quelque chose de surnaturel: une lumiere si particuliere, un air si pur (et si rare), et cette sensation de pouvoir toucher les nuages tant
ils semblent proches de nous. Cette fois on se sent vraiment en terres tibetaines. Les chinois hans sont tres minoritaires, et les costumes traditionnels des khampas habillent tant les hommes que
les femmes. La petite ville moderne est entouree de la vieille ville tibetaine, avec ses maisons de terre, ses etroites ruelles ou deambulent tant les yaks en quete de quelques verdures a mettre
sous la dent, que les grands-meres marchant en tourant leurs moulins a prieres et recitant leurs mantras. Surplombant le village, le grand monastere de Litang domine les plaines environnantes.
Comme beaucoup de monasteres dans la region, il est en pleine reconstruction - non pas que les chinois ont du remord d'avoir tout casse durant la revolution culturelle, mais ces monasteres vont
devenir des attractions touristiques dans les annees a venir, quand les infrastructures et les routes auront atteint le confort suffisant pour amener des flots de touristes chinois. Il y a peu de
moines au monastere au moment de notre visite, ils sont tous en ville.
sejour. Nous sommes
invites a boire le the (sale, evidemment), puis a partager le repas en leur compagnie (lard, riz et patates, et du yogurt comme dessert). Il faut dire que si Litang croise tres peu de touristes
occidentaux, Ganze n'en voit presque plus aucun depuis deux ans (la region fut fermee a maintes reprises ces dernieres annees, et presque totalement en 2008 - JO obligent). On est donc un peu
(beaucoup) l'attraction locale, tout le monde nous salue, nous observe, toujours dans une bonne ambiance. Apres un moment en compagnie des moines, leurs langues se delient et, malgre la frontiere
linguistique qui nous separe, ils nous font comprendre toute la haine qu'ils ont des chinois et combien ils venerent le Dalai Lama. Ils possedent tous, cache au plus profond de leurs habits, un
pendentif avec une photo de leur leader, et certains ont meme des clips anti-chinois sur leur telephone portable. On prendra conscience tout au long de notre periple de la popularite du Dalai
Lama. Une seul parole de celui-ci peut tout changer dans la region, et on prend conscience de la difficulte de sa tache dans son dialogue avec la Chine.
S'il est un coin isole en Chine, Dege serait candidat a la premiere place. Dege est si
difficile d'acces que meme les chinois, durant la revolution culturelle, n'ont pas reussi a y mettre pied. Et c'est tant mieux! Car du coup la ville et ses environs possedent encore des
monasteres intactes, ou la vie semble la meme depuis des siecles. Dege est connu dans tout le monde tibetain pour son imprimerie. Dans un seul batiment, au pied de la vieille ville, se trouve,
graves sur des tablettes en bois (il y en aurait entre 270000 et 320000 selon les estimations), toute la connaissance tibetaine, dans des domaines aussi varies que l'histoire, la science, la
medecine et, evidemment, la philosophie bouddhiste. Si bien qu'aujourd'hui Dege possede dans ses murs environ septante pourcent des textes tibetains, et est considere, avec le Potala et le
monastere de Sakyu a Lhassa, comme un des trois plus importants sites du bouddhisme tibetain. Une visite dans cette imprimerie, ou aujourd'hui encore sont imprimes sur papier ces textes pour etre
envoyes dans tous les monasteres du monde afin que les apprentits moines puissent les lire, est un moment fort, charge d'histoire.
entiment est toujours partage: d'un cote retrouver un peu de confort n'est pas derangeant, mais d'un
autre, le calme des regions de plaines ou de montagnes nous est tellement agreable qu'on peine a supporter l'agitation des villes. Avec toute la fatigue que l'on a accumulee, c'est d'autant plus
difficile a gerer. On passe donc du temps a se reposer. Mais on profite tout de meme de visiter les environs de la ville, notamment l'incroyable mur de mani. Les manis sont des textes sculptes
et/ou peints sur des pierres, qui sont ensuite entasses pour former des murs plus ou moins grands, autour desquels marchent les pelerins. Ses murs sont nombreux au Tibet, mais a Yushu se trouve
probablement le plus grand de tous, puisque les estimations disent qu'il serait fait de quelques deux milliards (!) de pierres. Vraiment impressionant.
Le Mekong, dont pres de la moitie de sa longueur coule en Chine ou il est appele "fleuve
turbulent" en raison de ses gorges et precipices, est, en tout cas dans la region de Deqin, d'un rouge etonnant. Et pour des raisons que nous ne connaissons pas, les gorges du Mekong sont
incroyablement arides, avec des paysages desertiques, ponctues de villages entoures de champs verts et jaunes, offrant des contrastes de couleurs saisissants. Avec les vallees laterales
toutes vertes, la diversite des paysages nous encourage a partir pour trois jours de marche, sans guide, avec juste une carte (tres) approximative de la region et en sachant qu'il n'y
pas de soucis a se faire pour trouver un lit dans les villages que nous traverserons. On nous avait annonce pres de neuf heures de marche pour le premier jour, ou nous devons rejoindre le
Mekong en longeant une riviere qui se jette dans le fleuve rouge. C'est pourquoi nous partons de bonne heure, sur un bon rythme. Nous traversons des villages tibetains en pleine
effervescence: c'est la periode des moissons.
Les villageois, toujours sympas et
souriants, travaillent aux champs, separent les grains des epis et font secher la paille sur les toits. Plus nous approchons du Mekong, plus le paysage devient sec et grandiose. Apres
seulement cinq heures de marche (sans croiser aucun touriste), nous traversons le fleuve, montons vers un village ou nous trouvons une jolie maison qui veut bien nous heberger pour la nuit
(on ne saura jamais si c'est vraiment une guest house ou si nous avons ete invites spontanement chez l'habitant). Et la, quelle chance on a: la belle-fille de la famille est en visite chez
les beaux-parents, et elle parle un excellent anglais. C'est donc pour nous l'occasion de decouvrir de tres pres la vie d'une famille tibetaine, de manger et boire local (y compris leur vin tres
tres doux... ils aiment bien boire par ici...). Magnifique experience! Le lendemain nous partons vers le village de Yubang. On nous avait annonce environ quatre heures de marche et quelques
400 m de montee, nous mettrons pres de six heures (et on pense qu'il y avait pas loin de mille metres de montee... comme elles nous semblent loin nos belle cartes au 25:000 de la Suisse). Nous
longeons le toujours-aussi-beau Mekong et remontons une vallee laterale a travers des forets
de sapins jusqu'au village. Ici, le coin est plus touristique, des chinois viennent, via un autre chemin, voir les montagnes entourant Yubang (hauts-sommets, grands glaciers et seracs qui
tombent en faisant grand bruit dans toute la vallee). Mais comme il faut marcher un peu, seul les jeunes chinois s'aventurent ici, et ils sont tres communicatifs et il est facile de s'integrer.
On rencontre trois jeunes chinoises, etudiantes en ingenierie de l'environement (on ne pensait pas que cela s'enseignait en Chine) qui veulent louer un minibus pour rejoindre Shangri La et
cherchent a partager les frais. Tant mieux, c'est ce qu'il nous faut. Donc, le troisieme jour, nous decidons de rejoindre le village de Xidong, et la route en terre ou nous attend le minibus
pour Shangri La. Le temps n'est pas tres beau, dommage pour la vue sur le Kawa Karpo. La journee et longue car les chinoises ne marchent pas bien vite. Mais comme on est quand meme fatigues,
ca ne nous gene pas.
Bref, on va au devant de situations
cocasses! Avant de partir pour les regions montagneuses du Kham et de l'Amdo, nous passons une journee a Shilin, litteralement la foret de pierres. Formations geologiques tres jolies, le tout
entoure de beaucoup de touristes chinois (faciles a reconnaitre: ils marchent en groupes d'une trentaine, derriere un guide avec un drapeau, tous avec appareilles photos et cameras, et le plus
souvent tout le groupe porte la meme casquette ou le meme chapeau). De Kunming nous roulons vers Dali, puis Lijiang, deux villes historiques de la region, completement reconstruites et adaptees
au besoin des touristes chinois. Sympa, mais quand meme un peu trop artificiel. Il y a quand meme quelques jolis temples et pagodes dans les environs. Et finalement nous arrivons a Zhongdiang,
aujourd'hui connue sous le nom de Shangri La. Cette ville illustre bien le fonctionnement du tourisme a la chinoise: Shangri La est le nom d'une ville imaginaire, sorte de paradis tibetain jamais
decouvert... jusqu'a recemment. Le gouvernement chinois a en effet decide que Zhongdiang etait Shangri La, puisque les environs de la cite soit-disant ressemblent a la description faite par les
tibetains. Alors en vitesse des hotels, des routes, des monasteres et meme un aeroport (nous sommes a 3200 m d'altitude) sont construits, la vieille ville renovee (en fait, la vieille ville etait
peuplee par de Naxi, non pas par des tibetains), et nous voici a Shangi La. Le pire: c'est que ca marche et que les touristes chinois affluent! Bref, pas de raison de s'attarder trop longtemps
ici non plus. Les montagnes nous manquent, alors nous partons pour le bout du monde: Deqin.
bref, on ne compte plus les heures passees dans nos sacs de couchage, dans les deux
metres carres de notre tente. Ca nous laisse d'ailleurs du temps pour louer la qualite de notre materiel et de se dire "comme on a bien fait d'acheter des sacs de couchages et des habits tres
chauds (et donc aussi tres chers)". Le jour prevu pour aller au col, nous reglons notre reveil pour 3h du matin afin d'y arriver pour le lever de soleil (et surtout avant le retour des nuages).
Mais cette nuit la, il fait mauvais. On modifie donc notre programme et restons au meme camp un jour de plus afin de retenter notre chance la nuit suivante... mais rebelotte: brouillard tenace.
Le moral au plus bas, on revient sur nos pas, decus. Mais on se dit qu'il reste un espoir, et l'on convaint notre guide de ne pas partir trop loin du col afin d'eventuellement retenter un montee
la nuit suivante. Au moment d'aller se coucher, le brouillard est toujours aussi epais, peut-etre meme plus que jamais. Et a minuit, la visibilite n'est que de quelques metres. Cette fois ca
semble cuit. Si bien que quand le reveil sonne a une heure du matin, c'est sans espoir que l'on sort la tete de la tente pour voir... milles etoiles dans le ciel! Il ne faut
Apres quelques jours de repos a Pokhara, a flaner au bord de son magnifique lac et a regarder au loin les massifs des Annapurna et du Daulaghiri, nous nous
sommes mis en route pour l'Inde. Les troubles politiques du Nepal (routes bloquees par les partis d'opposition entre autres) nous ayant empeches de rejoindre Darjeeling par le chemin le plus court
(c'est a dire en longeant le Terai - la grande plaine du sud du Nepal), nous voila donc obliges de passer directement en Inde par la frontiere de Sunaulim au sud de Pokhara, et d'aller prendre
le train a Gorakhpur. Gorakhpur est une ville de quelques six cent milles habitants, au coeur de l'Uttar Pradesh, ou le seul interet pour les touristes de passage est son immense gare connectee a
la plupart des grandes lignes indiennes.
Darjeeling, tout le monde connait. Sous l'occupation anglaise, Darjeeling est devenue une "hill station", a savoir l'endroit ideal pour les residents anglais
pour echapper a la chaleur estivale de Calcutta. Si bien que Darjeeling est devenue au XIXe si
Le Kangchenjunga. Considere quelques temps comme etant la plus haute montagne du monde, les GPS
et autres outils de mesures modernes l'ont retrograde au troisieme rang. S'il en a des lors perdu en celebrite, il en a certainement gagne en serenite. On voulait un joli trek moins couru que
l'Everest ou les Annapurnas, et nous avons vise juste! Situe tout a l'est du Nepal, loin de Kathmandu, dans une region connue ces dernieres annee pour avoir ete le bastion des maoistes, le massif
du Kangchenjunga voit peu de trekkers, et encore moins d'expeditions visant a atteindre son sommet, repute difficile. Notre trek devait durer 17 jours, mais les mauvaises conditions meteo ont
empeche notre avion d'atterrir sur la pelouse de Sukhetar qui sert d'aerodrome. Apres avoir survole la region, retour en plaine, a Biratnagar, ou nous prenons une jeep qui nous amenera, par la
route, a Sukhetar. Par la route, c'est un bien grand mot. Car si les premiers kilometres a travers rizieres, plantations de the et gorges profondes se font sur un jolie route goudronnee, les cent
derniers kilometres se font sur une piste en terre defoncee, etroite et sinueuse. Finalement, au lieu de vingt-cinq minutes en avion, nous avons mis quatorze heures en jeep pour rallier le depart
du trek. Mais nous ne sommes pas decus: les paysages etaient superbes, et ces trajets en jeep sont toujours des aventures merveilleuses. Nous rencontrons notre equipe de porteurs et de cuisine,
paquetons les affaires et partons a pied. De 1500 m d'altitude, nous montons en plusieurs jours jusqu'a 4800 m au lieu-dit de Okthang ou nous avons une vue magnifique sur le massif du
Kangchenjunga.
Ces premiers jours nous permettent de nous acclimater a l'altitude
(mais malgre tout la migraine n'a pas manque de nous toucher a differents niveaux, mais rien de bien grave). Ces jours nous ont aussi permis de toucher de pres la vie de village de cette region.
Les cultures en terrasses de cereales, riz et pommes de terre et la ceuillette de cardamone dans les forets humides, l'elevage de quelques vaches, cochons et poules occupent les journees des
locaux. Il fait beau tous les jours...
jusqu'en fin d'apres-midi ou nous essuyons regulierement
de jolis orages. L'ambiance est excellente, la cuisine de grande qualite, tout va bien. Comme seuls autres touristes pour nous accompagner ces premiers jours, une equipe d'alpinistes espagnoles
(enfin, comme ils se decrivent eux meme "trois basques, un catalan et le reste, se sont des espagnols") et de la televion espagnole qui les suit. Ils veulent atteindre le sommets du Kangchenjunga.
Ils sont sympas et mettent l'ambiance le soir au campement. La limite des cultures et de la foret est proche des 4000 metres d'altitude, et au-dessus on decouvre la vie des montagnes, ou les yaks,
les bahrals (sorte de moufflons) et les grands rapaces et charognards (y compris le gypaete) dominent. La neige n'est pas loin, les nuits fraiches (certainement un peu en dessous de zero degre). Et
les paysages grandioses. A Okthang, seuls faces aux plus hautes montagnes du monde, on se sent petits, et l'on prend plainement mesure de la chance qu'on a d'etre ici. Apres
Okthang et la face sud du Kangchenjunga, nous nous rendons a Pang Pema, a 5200 metre
d'altitude, pour contempler la face nord de la montagne. Mais pour y arriver, il nous faut traverser trois cols puis remonter une autre vallee pendant trois jours. La traversee des cols fut une
longue journee, pour nous mais surtout pour les porteurs (qui ont quand meme 30 kilos dans le dos!). Neige et brouillard au rendez-vous ne rendent pas la marche facile. Mais ces porteurs sont
vraiment de solides gaillards! Et les mots ne seront jamais assez elogieux pour decrire leur incroyable forces physique et mentale. Donc finalement nous atteignons Pang Pema, et la aussi la chance
fut avec nous puisque les nuages se dissipent et nous offrent une vue grandiose sur le Kangchenjunga et toutes les montagnes environnantes, faisant frontieres avec l'Inde et la Chine.
monasteres. En plus, les rhododendrons commencent a fleurir (et ici les rhodo n'ont rien a voir avec les
buissons de chez nous. Ce sont des arbres de plusieurs metres de haut!). Et l'avant dernier jour - 20 avril - Severine a meme droit un digne anniversaire, avec ragout de chevre (on a enfin compris
la vraie utilite du kukuri, le couteau local... mais la pauvre chevre, elle, n'a par contre rien vu venir...) et un joli gateau. La bonne humeur des Nepalais (et peut-etre aussi l'alcool de millet
local) ont anime la soiree de chants et de danses. Un bel anniversaire.
Arrivee a Kathmandu, principale ville du Nepal. Immediatement nous sommes plonges dans
l’ambiance si chaleureuse des grandes villes asiatiques: embouteillages, klaxons a tout va, poussiere, un monde incroyable dans les rues… le contraste avec le calme helvetique des villes de chez
nous est frappant. Surtout qu’il fait deja plus de trente degres, et, comme il n’a pas plu depuis des semaines, l’air est charge en poussiere (d’ailleurs nous ne voyons pas les sommets de
l’Himalaya qui ne sont pourtant pas si loin de la ville). Nous passons deux jours ici avant et six jours après le trekking. Kathmandu a tellement a offrir que ce n’est pas trop. Et les Nepalais
sont vraiment sympas. Comme beaucoup parlent un peu l’anglais, le contact est assez facile. Et cela nous permet de nous risquer a prendre les transports publics (des minibus d’une dizaine de
places transportant jusqu’a vingt personnes: confort zero, mais ambiance assuree!) et de tester les plus petits des restaurants locaux (ou la qualite de la nourriture n’a vraiment rien a envier
au restaurants dits touristiques). La vie a Kathmandu est aussi rythmee par de nombreux aleas, comme les frequentes coupures d’electricite (environ 18 heures par jour! Les barrages sont vides),
les routes soudainement bloquees, les embouteillages (une heure pour faire a peine quatre kilometres en taxi)… Sympa quand on est des touristes ici pour quelques jours, mais j’imagine penible au
quotidien.
Nous profitons de decouvrir les richesses culturelles de la region. Kathmandu est au coeur
d’une vallee peuplee depuis des millenaires, et, etant a la frontiere des mondes hindoux et bouddhistes, des mondes indiens et tibetains, la region est un mélange culturel tres interessant. Ceci
est bien visible lorsqu’on visite un des nombreux temples de la ville: ceux-ci ne sont jamais totalement bouddhistes, ou totalement hindouistes. A cote d’un stupa (monuments de culte bouddhiste)
se trouve presque toujours une statue d’une divinite hindoue (le plus souvent de Shiva, protecteur de la Vallee et des Nepalais). On raconte que, de peur de facher une divinite, les nepalais
prefere les honorer toutes. Au court des derniers siecles, trois villes se disputaient le pouvoir sur la region: Kathmandu, Patan (aujourd’hui une petite ville attachee a Kathmandu) et Bakhtapur.
Ces trois villes possedent encore aujourd’hui les vestiges des places royales d’antant. L’architecture des temples et palais de ces places est incoyable! Le travail des artisants locaux en plein
XVIIe et XVIIIe siecle est remarquable.
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