Lundi 17 août 2009

Apres la Chine, nous voici au Kirghisistan, jeune pays sorti des cendres de l’Union Sovietique, coince au coeur des Monts Celestes. Ne beneficiant pas des richesses petrolieres et gazieres comme ses voisins Kazakhs, Ouzbeks ou Turkmenes, le Kirghisistan doit trouver ailleurs des moyens pour se developper. Et le tourisme pourrait bien etre la cle du succes, tant le pays a a offrir!

 

Un sud Ouzbek

 

De Kasghar, en Chine, nous entrons au Kirghisistan via le col de l’Irkhestam, tout au sud du pays. Nous continuons en direction de Osh, deuxieme plus grande ville du Kirghisistan, aux allures de petite bourgade. Osh fait  geographiquement et culturellement partie de la vallee de la Fergana, creusee par le fleuve Syr-Daria qui s’ecoule le long de l’Ouzbekistan. Seul une aberration faite lors du remaniement des frontieres sous Staline a inclu Osh dans  le Kirghisistan. Si bien qu’aujourd’hui cette region du pays est peuplee majoritairement d’Ouzbeks, et donc l’ambiance a Osh est tres orientale, avec un petit air istanboulote qui flotte au bazaar. Boire un the dans une chaikana (imaginez une table basse avec un bol de the et des nans chauds (pains), des coussins, a l’ombre d’un arbre) est ideal pour se reposer. La journee est rythmee par les appels a la priere. Les hommes portent le petit chapeau traditionnel et discutent en buvant du the; les femmes portent le foulard (un peu negligemment quand meme… l’Islam n’est pas – encore – tres radicalise ici).

Mais la chaleur torride et les montagnes non loin de la ville nous poussent a partir direction d'Arslanbob et la plus grande foret de noix du monde (la legende raconte qu’Alexandre le Grand aurait amene les noix en Europe après son passage ici). Nous decouvrons l’hospitalite ouzbek dans une famille chez qui nous dormons, avec sourires et accueil chaleureux toujours au rendez-vous. Nous decouvrons les montagnes aux alentours en deux jours de marche. Les paysages nous font un peu penser aux Alpes du Sud. Dans le genre economies mal placees, nous decidons de porter toute nos affaires et de ne pas prendre de porteur… dur dur! Surtout que la tente qu’il nous ont trouve fait plus de quatre kilos. Et il fait toujours tres chaud.

 

Un nord sovietique

 

Bishkek est la capitale du pays. Ville batie sous l’URRS - l’architecture sovietique et l’organisation des rue “a la Chaud-de-Fond” en est typique – Bishkek attire tous les jeunes du Kirghisistan pour le travail ou les etudes. Il en resulte une ambiance fraiche, tres festive. La vodka et la biere coulent a flot, les bars, casinos, et autres cabarets sont a tous les coins de rue… sexe, alcool, argent: pas tres sain comme vie...  Notre passage a Bishkek est du a notre besoin d’un visa pour le Kazakhstan. Et c’est ainsi l’occasion pour nous de decouvrir la bureaucratie des republiques sovietiques (et franchement, on s’en serait bien passé!). Finalement, notre visa en poche, nous pouvons quitter la ville pour decouvrir un Kirghisistan plus pittoresque et authentique.

Un  centre… equestre

 

De vertes collines ondulant a plus de trois milles metres d’altitude, des lacs, des yourtes, des chevaux, des moutons… le Kirghisistan en carte postale. C’est la region du lac de Song-Kol, au centre du pays, royaume des cavaliers et des nomades. Nous decidons de decouvrir cette region a cheval et de dormir de yourtes en yourtes. La splendeur des paysages nous fait oublier les maux de dos, de genoux, de fesses (quoique finalement pas aussi terribles qu’attendus) procures par de nombreuses heures assis sur notre selle. Les orages sporadiques nettoient le ciel et revelent des decors infinis aux couleurs tres contrastees. Et l’acceuil par les familles de nomades, la decouverte de la vie dans les yourtes rendent le trek encore plus beau. Ici la vie est dure, surtout pour la femme et les filles qui bossent du matin au soir. Nous avons l’impression que l’homme se sort tres bien de la repartition des taches… L’occasion aussi pour nous de gouter a la boisson nationale, le Kymiss (lait de jument fermente). Pour rester polis, nous nous contenterons de dire que nous n’avons pas tellement apprecie le gout… si particulier. Et si le cheval est roi dans le bol, c’est le mouton qui reigne dans l’assiette. Et nous avons droit plus souvent a du vieux bouc qu’a un jeune agneau...

 

Un ouest alpin

 

Au coeur des Monts Celestes se trouve le lac d’Issyk-Kol, si grand, si bleu. Borde de plages de sable sauvages et de petites stations balneaires qui attirent les touristes Russes et Kazakhs, c’est pour nous l’endroit ideal pour une petite pose et des baignades recuperatrices. Et c’est aussi l’occasion d’assister a une chasse a l’aigle par Tumura et son maitre Ishenbek (sans oublier le role cle, mais triste, du pauvre petit lapin). La tradition de la chasse a l’aigle existe depuis la nuit des temps dans l’Altai mongolien et les Tian Shan Kazakh et Kirghize. Aujourd’hui, dans les ex-republiques sovietiques, cette tradition vit surtout a travers le tourisme et les festivals nationaux.

Pour le dernier trekking de notre voyage, nous nous rendons a Karakol, petite bourgade proche des montagnes. Karakol possede, comme nous l'avons deja vu a Kashgar, son marche aux bestiaux tous les dimanches matins. Moutons, chevres, vaches et chevaux se marchandent dans une poussiere et un brouhaha incessant, et, une fois l'achat conclu, les betes suivent leurs nouveaux proprietaires. Si les vaches et les chevaux partent en remorques ou a pied, les chevres et les moutons trouvent place dans les coffres des voitures. Quel folklore! Jouxtant le marche aux bestiaux se trouve le marche aux voitures, ou des Mercedes, Audi et BMW venant droit d'Europe cherchent acheteurs. Il y a egalement quelques (tres) vieilles Lada (dont une de 1975!) qui malgre leur age roulent encore.

Le lendemain, nous partons en trekking avec Bob le russe, un porteur qui se revelera etre un excellent guide, et Aselena, notre cuisiniere (he oui, pour la premiere fois nous partons en trek avec une femme). De la vallee de Jeti-Oghuz (literalement, les sept pierres) nous rejoignons les sources thermales d'Altyn Arashan en six jours. Les cols sont raides et parsemes de neves, les glaciers surplombent de beaux lacs  turquoises, les flancs de montagnes sont couverts de coniferes et les montagnes ont leurs sommets enneiges. Alors si cela ressemble tant a nos Alpes, pourquoi aller la-bas? Imaginez des Alpes sans stations de skis, sans cabanes, sans routes, sans barrages, sans lignes electriques... bref, la nature et rien d'autre (sauf quelques yourtes, mais ca c'est cool). Et comme chez nous, le temps n'est pas toujours tres beau (pour avoir tant de vegetation, il faut bien qu'il pleuve). Heureusement, Bob le Russe sent suffisement bien la pluie et decide toujours au bon moment de planter le camp pour que l'on passe l'orage au sec! Et apres toute la fatigue accumulee, nous atteignons Altyn Arashan et profitons de ses sources d'eau chaude pour recuperer.


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Mercredi 22 juillet 2009

Apres les regions tibetaines, nous nous dirigeons vers l’ouest de la Chine, vers ses “nouveaux territoires”, le Xinjiang (pour en savoir plus sur cette region meconnue chez nous, lire la page qui y est consacree ici). Nous arrivons dans la capitale provinciale d’Urumqi. Connue pour etre la ville la plus continentale du Monde (a plus de 2500 km de la mer), Urumqi est une ville moderne, peuplee majoritairement de Hans, et mise sous les projecteurs recemment suite aux evenements malheureux du 5 juillet.

 

Des routes tres anciennes, millenaires parfois, traversees par les caravanes qui reliaient le centre de la Chine a l’Asie Centrale, puis a l’Inde au Sud ou les bords de la Mediterranee. La celebre Route de la Soie, vieille de plus de 2000 ans traverse le Xinjiang. Kashgar est le point de rencontre des routes du Nord et du Sud. C’est ici, qu’etaient echanges les yaks contre les chameaux de Bactriane. Aujourd’hui, Kasghar compte 300000 habitants, principalement des Ouighours. Au coeur de la vieille ville, les maisons sont encore en terre, les anes tirent les charettes pleines de melons et pasteques, les hommes se dirigent vers les mosquees, des odeurs de kebabs, de nans, de fruits frais flottent dans l’air… nous sommes en Asie Centrale, loin, tres loin de la Chine des Hans. Au bazar, on marchande et achete the, epices, pashmina et autres artisanats locaux. Ville mythique pour les voyageurs, Kashgar garde encore sa vie d’antant. Le marche du dimanche, ou sont vendus moutons, chevres, anes et cheveaux est la pour nous le rappeler.

 

De Kasghar, part la mythique Karakoram Highway qui relie la Chine et le Pakistan, et traverse les montagnes du Pamir. Nous suivons une partie de cette route, a travers des paysages arides, revelant des roches de toutes les couleurs, longeant des rivieres qui ont creuse de pronfondes gorges. Magnifique. Apres quelques heures, nous atteignons un haut plateau a 3600 metres d’altitude avec devant nous le lac de Kara-kul et le massif du Mustagh ata (7546 m). Le reflet de la montagne blanche dans les eaux turquoises du lac, sous le regard passif d’un chameau de Bactriane offre un décor irreel. Nous passons six jours au pied de la montagne, dans un campement nomade, a nous promener vers les glaciers, les lacs d’altitude, au milieu des troupeaux de moutons. Seuls les nombreux checkpoints sortis de nul part nous rapellent que nous sommes toujours en Chine, dans une region sensible, a quelques kilometres des frontieres afghane, pakistanaise et tadjik. Avec ses paysages arides, supplentes de hautes montagnes couvertes de neige, les Pamirs sont pour nous dans le top 3 des plus belles regions que l’on ait vu jusqu’a aujourd’hui (nos photos dans cet album).

 

De retour a Kashgar, nous esperions trouver une ville un peu plus calme qu’après l’agitation du 5 juillet. C’etait mal connaitre la Chine! Les soldats sont toujours a patrouiller en ville, les communications internationales et internet toujours bloques… Nous reussissont enfin a appeler l’ambassade Suisse a Pekin pour qu’ils informent nos familles que tout va bien. Nous passons nos derniers jours a Kashgar a manger des langmans (sortes de nouilles qui ressemblent aux pates de chez nous) et des brochettes de kebabs dans des petits restos ouighours, on se gave de melons et de pasteques (les meilleures du monde), on deambule dans le bazar et le marche aux bestiaux et surtout, on prend du repos dans l auberge de jeunesse de la vielle ville, une ancienne maison avec beaucoup de cachet ou l on rencontre de nombreux touristes voyageant sur la Route de la Soie (dont de nombreux Suisses). Le 20 juillet, notre visa kyrghize est enfin valable et nous quittons la Chine par le col de l’Irkeshtam et partons pour de nouvelles aventures dans cette ex-Republique sovietique.


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Vendredi 3 juillet 2009

A travers les contrees tibetaines du Kham et de l'Amdo.


Litang
La petite ville de Litang est notre premiere halte depuis Shangri La. Situee a 4000 metres d'altitude, cette bourgade a quelque chose de surnaturel: une lumiere si particuliere, un air si pur (et si rare), et cette sensation de pouvoir toucher les nuages tant ils semblent proches de nous. Cette fois on se sent vraiment en terres tibetaines. Les chinois hans sont tres minoritaires, et les costumes traditionnels des khampas habillent tant les hommes que les femmes. La petite ville moderne est entouree de la vieille ville tibetaine, avec ses maisons de terre, ses etroites ruelles ou deambulent tant les yaks en quete de quelques verdures a mettre sous la dent, que les grands-meres marchant en tourant leurs moulins a prieres et recitant leurs mantras. Surplombant le village, le grand monastere de Litang domine les plaines environnantes. Comme beaucoup de monasteres dans la region, il est en pleine reconstruction - non pas que les chinois ont du remord d'avoir tout casse durant la revolution culturelle, mais ces monasteres vont devenir des attractions touristiques dans les annees a venir, quand les infrastructures et les routes auront atteint le confort suffisant pour amener des flots de touristes chinois. Il y a peu de moines au monastere au moment de notre visite, ils sont tous en ville.
Non loin de la ville se trouve le site des "enterrements celestes" , lieu ou est pratique un rituel funeraire propre aux Tibetains, rituel auquel nous avons eu la chance d'assister (pour en savoir plus sur les enterrements celestes, lire la page que nous y avons consacree en suivant le lien ici).
Lors d'une escapade a cheval, nous rencontrons nos premiers nomades, une famille avec deux enfants qui vivent dans une tente au confort plus que sommaire. Ils deplacent leur troupeau de yaks a cheval, traient les chevres et recuperent les bouses qui alimenteront le feu. Seul un petit panneau solaire et un telephone portable nous rapelle qu'on vit quand meme au XXIe siecle. En chemin, nous nous arretons a une source d'eau chaude (tres chaude, tres sulfureuse), l'occasion d'un petit bain qui fait tant de bien pour la peau.


Ganze

A une petite journee de route de Litang, encore plus pres du Tibet (et plus loin des chinois hans...) se trouve la ville de Ganze. Le long d'un fleuve, face aux montagnes Cholas - impressionants massifs calcaires, aux pics aceres qui culminent a plus de 6000 metres d'altitude - Ganze est idealement situee et, comme a Litang, la petite ville moderne est entouree de la grande vieille ville toute tibetaine, et d'un immense complexe monastique (arbitant quelques quatre cents moines) surplombant la ville. La visite du monastere nous amenera non pas dans la salle de priere, mais dans une petite piece qui sert pour quelques moines de cuisine et salle de sejour. Nous sommes invites a boire le the (sale, evidemment), puis a partager le repas en leur compagnie (lard, riz et patates, et du yogurt comme dessert). Il faut dire que si Litang croise tres peu de touristes occidentaux, Ganze n'en voit presque plus aucun depuis deux ans (la region fut fermee a maintes reprises ces dernieres annees, et presque totalement en 2008 - JO obligent). On est donc un peu (beaucoup) l'attraction locale, tout le monde nous salue, nous observe, toujours dans une bonne ambiance. Apres un moment en compagnie des moines, leurs langues se delient et, malgre la frontiere linguistique qui nous separe, ils nous font comprendre toute la haine qu'ils ont des chinois et combien ils venerent le Dalai Lama. Ils possedent tous, cache au plus profond de leurs habits, un pendentif avec une photo de leur leader, et certains ont meme des clips anti-chinois sur leur telephone portable. On prendra conscience tout au long de notre periple de la popularite du Dalai Lama. Une seul parole de celui-ci peut tout changer dans la region, et on prend conscience de la difficulte de sa tache dans son dialogue avec la Chine.
Le lendemain, nous partont a pied pour decouvrir la campagne environnante. A travers les plaines ou paissent les yaks et les villages, nous decouvrons le quotidien des Khampas. Nous ne marcherons pas aussi loin que prevu puisqu'a chaque fois que nous croisons du monde nous sommes invites a boire le the (toujours sale), manger la tsampa (farine d'orge ou de mais grillee melangee a du the au beurre de yak ou de chevre sale) ou des galettes de pain (sans sel). A chaque fois de beaux moments, empreints de spontaneite et d'amitie gratuite.

Trek Manigango - Meisu

Apres deux jolie petites villes, nous arrivons a Manigango, ville carrefour et surtout ville... tres moche et beaucoup moins sympa que Litang et Ganze. Pas vraiment motives de s'y attarder, nous profitons d'une rencontre avec un moine qui a appris l'anglais a Lhassa et qui, repondant a notre requete, nous dit qu'il peut nous organiser un petit trek de trois jours qui nous amenera a Meisu, dans la region de Dege. Cool, se dit-on! Mais ici, ce n'est pas le Nepal, ni le Sikkim: la region a des decenies de retard en matiere d'organisation de trekkings, et on part un peu pour l'aventure. Cela se confirme des le premier soir lorsque l'on voit la bache trouee qui nous servira de tente. En plus, pas de matelas pour s'isoler du sol (et la pluie arrive sitot qu'on se glisse dans nos sacs de couchage). On arrive a faire en sorte de rester au sec, mais la nuit fut courte... Le deuxieme jour nous amene a passer un col a pres de 5000 metres et a rejoindre une vallee incroyablement isolee ou vivent des nomades. On est un peu surpris de longer cette vallee car, d'apres la description sommaire du parcours a suivre qu'on avait, on aurait du passer d'autres cols en direction de l'ouest, alors que nous marchons direction sud-est. Bizarre, bizarre. Apres avoir bu du the (toujours sale) avec les nomades, nous marchons jusqu'a un petit village ou nous nous arrangeons pour passer la nuit chez une connaissance de notre guide. Le village possede aussi sa source thermale, un bon bain ne faisant jamais de mal! Encore plus que d'habitude, nous sommes ici l'attraction locale. Alors que les enfants on vite fait de comprendre combien un appareil photo numerique est rigolo, les magnifiques dames plus agees sont par contre tres timides (dommage pour les photos, elles etaient tellement belles dans leurs habits traditionels et toutes ornees de bijoux et de coiffes richement decorees de turquoises). Au souper, re-the au beurre sale et re-tsempa. La nuit, qu'ont esperait plus confortable que la precedente, ne fut guere meilleure: les matelas etaient fait de pierres plus ou moins plates,  une beau de moutons comme oreiller, et la piece etait enfumee (les cheminees ne sont pas courantes). Bref, re-mauvaise nuit. Pas grave, se dit-on, puisqu'on nous a annonce que nous atteindrons Meisu en trois ou quatre petites heures de marche le dernier jour. Sauf qu'apres sept heures de marche, nous arrivons dans une vallee ou l'on nous dit que Meisu se trouve a une dizaine de kilometres plus au nord! Et cette fois tout prend forme: nous comprenons que nous n'avons pas pris le chemin prevu, que nous avons fait un immense detour, et c'est pourquoi on nous disait que nous etions les premiers touristes a traverser la vallee ou nous avons dormi! C'est plus un malentendu qu'une erreur de notre moine apprenti-guide. Comme on le lui explique, il n'est pas si facile de s'improviser guide, et que malgre les quelques couacs, nous garderons un bon souvenir des moments incroyables passes avec les nomades et les villageois. Et nous comprenons aussi que le prix a payer pour vivre ces moments uniques est de voyager dans des contrees perdues, hors des sentiers battus, ou les infrastructures ne sont pas prevues pour les touristes. Parfois un peu difficile, mais au final si enrichissant!

Dege
S'il est un coin isole en Chine, Dege serait candidat a la premiere place. Dege est si difficile d'acces que meme les chinois, durant la revolution culturelle, n'ont pas reussi a y mettre pied. Et c'est tant mieux! Car du coup la ville et ses environs possedent encore des monasteres intactes, ou la vie semble la meme depuis des siecles. Dege est connu dans tout le monde tibetain pour son imprimerie. Dans un seul batiment, au pied de la vieille ville, se trouve, graves sur des tablettes en bois (il y en aurait entre 270000 et 320000 selon les estimations), toute la connaissance tibetaine, dans des domaines aussi varies que l'histoire, la science, la medecine et, evidemment, la philosophie bouddhiste. Si bien qu'aujourd'hui Dege possede dans ses murs environ septante pourcent des textes tibetains, et est considere, avec le Potala et le monastere de Sakyu a Lhassa, comme un des trois plus importants sites du bouddhisme tibetain. Une visite dans cette imprimerie, ou aujourd'hui encore sont imprimes sur papier ces textes pour etre envoyes dans tous les monasteres du monde afin que les apprentits moines puissent les lire, est un moment fort, charge d'histoire.
Pour quitter Dege et se rendre plus au nord, il nous faut remonter des gorges profondes puis passer un col a 5080 metres d'altitute (et la on  comprend mieux pourquoi les chinois ont eu tant de peine a venir).

Yushu
Derniere halte dans le Kham, Yushu est aussi la premiere vraie ville que nous rencontrons depuis maintenant plus de deux semaines. Et comme toujours lorsqu'on arrive en ville, le s entiment est toujours partage: d'un cote retrouver un peu de confort n'est pas derangeant, mais d'un autre, le calme des regions de plaines ou de montagnes nous est tellement agreable qu'on peine a supporter l'agitation des villes. Avec toute la fatigue que l'on a accumulee, c'est d'autant plus difficile a gerer. On passe donc du temps a se reposer. Mais on profite tout de meme de visiter les environs de la ville, notamment l'incroyable mur de mani. Les manis sont des textes sculptes et/ou peints sur des pierres, qui sont ensuite entasses pour former des murs plus ou moins grands, autour desquels marchent les pelerins. Ses murs sont nombreux au Tibet, mais a Yushu se trouve probablement le plus grand de tous, puisque les estimations disent qu'il serait fait de quelques deux milliards (!) de pierres. Vraiment impressionant.

Il est temps maintenant pour nous de quitter le monde tibetain et de regarder vers l'ouest et le monde ouighour. Il nous reste un dernier trajet en bus de Yushu a Xining, a travers les plaines et les montagnes de l'Amdo. Paysages superbes, mis en vie par les troupeaux de yaks, et de moutons. Mais aussi par de furtives rencontres avec des kiangs (sorte de chevaux sauvages), de petites antilopes, de rapaces... Tout aurait ete si beau si les chinois avec qui nous partageons le bus ne fumaient, crachaient, petaient et vomissaient pas tout le temps... A nouveau, on a rien sans rien...


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Dimanche 14 juin 2009

Des hauts-plateaux du Tibet partent tous les grands fleuves irriguant l'Asie. Parmi ceux-ci,  deux traversent le Yunnan: le Yangze jiang, ou est construit le barrage des trois gorges, et le Mekong, qui arrose le Laos et le Cambodge. A six heures de bus au nord-ouest de Shangri La, a travers des paysages d'une beaute incroyable, nous arrivons a Deqin, petite ville a la frontiere du Yunnan et du Tibet, dans la region du Kham. Le Kham est, avec l'Amdo plus au nord et le U-tang (aujourd'hui correspondant a la province du Tibet) a l'ouest, une des trois regions traditionnellement peuplee de tibetains. Le Kham est tres montagneux, avec des vallees profondes et des sommets approchant les 7000 metres d'altitude (dont le Kawa Karpo, proche de Deqin, qui est une montagne importante pour les tibetains qui viennent marcher autour en automne, comme ils le font au Kailash). Subissant - moderemment - les pluies de la mousson, le Kham est verdoyant, avec des forets de coniferes qui nous rapellent parfois les Alpes. Cette description suffit a expliquer pourquoi nous nous trouvons ici! On notera egalement qu'une grande partie du Kham ne fait pas partie de la province du Tibet (au sens politique du terme) mais du Yunnan et du Sichuan, et donc la repression chinoise est moindre et nous sommes libres de voyager comme bon nous semble.
Le Mekong, dont pres de la moitie de sa longueur coule en Chine ou il est appele "fleuve turbulent" en raison de ses gorges et precipices, est, en tout cas dans la region de Deqin, d'un rouge etonnant. Et pour des raisons que nous ne connaissons pas, les gorges du Mekong sont incroyablement arides, avec des paysages desertiques, ponctues de villages entoures de champs verts et jaunes, offrant des contrastes de couleurs saisissants. Avec les vallees laterales toutes vertes, la diversite des paysages nous encourage a partir pour trois jours de marche, sans guide, avec juste une carte (tres) approximative de la region et en sachant qu'il n'y pas de soucis a se faire pour trouver un lit dans les villages que nous traverserons. On nous avait annonce pres de neuf heures de marche pour le premier jour, ou nous devons rejoindre le Mekong en longeant une riviere qui se jette dans le fleuve rouge. C'est pourquoi nous partons de bonne heure, sur un bon rythme. Nous traversons des villages tibetains en pleine effervescence: c'est la periode des moissons.  Les villageois, toujours sympas et souriants, travaillent aux champs, separent les grains des epis et font secher la paille sur les toits. Plus nous approchons du Mekong, plus le paysage devient sec et grandiose. Apres seulement cinq heures de marche (sans croiser aucun touriste), nous traversons le fleuve, montons vers un village ou nous trouvons une jolie maison qui veut bien nous heberger pour la nuit (on ne saura jamais si c'est vraiment une guest  house ou si nous avons ete invites spontanement chez l'habitant). Et la, quelle chance on a: la belle-fille de la famille est en visite chez les beaux-parents, et elle parle un excellent anglais. C'est donc pour nous l'occasion de decouvrir de tres pres la vie d'une famille tibetaine, de manger et boire local (y compris leur vin tres tres doux... ils aiment bien boire par ici...). Magnifique experience! Le lendemain nous partons vers le village de Yubang. On nous avait annonce environ quatre heures de marche et quelques 400 m de montee, nous mettrons pres de six heures (et on pense qu'il y avait pas loin de mille metres de montee... comme elles nous semblent loin nos belle cartes au 25:000 de la Suisse). Nous longeons le toujours-aussi-beau Mekong et remontons une vallee laterale a travers des forets de sapins jusqu'au  village. Ici, le coin est plus touristique, des chinois viennent, via un autre chemin, voir les montagnes entourant Yubang (hauts-sommets, grands glaciers et seracs qui tombent en faisant grand bruit dans toute la vallee). Mais comme il faut marcher un peu, seul les jeunes chinois s'aventurent ici, et ils sont tres communicatifs et il est facile de s'integrer. On rencontre trois jeunes chinoises, etudiantes en ingenierie de l'environement (on ne pensait pas que cela s'enseignait en Chine) qui veulent louer un minibus pour rejoindre Shangri La et cherchent a partager les frais. Tant mieux, c'est ce qu'il nous faut. Donc, le troisieme jour, nous decidons de rejoindre le village de Xidong, et la route en terre ou nous attend le minibus pour Shangri La. Le temps n'est pas tres beau, dommage pour la vue sur le Kawa Karpo. La journee et longue car les chinoises ne marchent pas bien vite. Mais comme on est quand meme fatigues, ca ne nous gene pas.
Ce trek, quasi inconnu, peu frequente (surtout les deux premiers jours), est une pure merveille, qu'on recommande chaleureusement. On est vraiment privilegies de vivre et voir ces beaux paysages; vivement la suite!

 

 

 


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Dimanche 14 juin 2009

Bienvenue en Chine! Changement de decor apres deux mois passes dans le sous-continent indien. De Kolkata, nous avons vole vers Kunming, dans la province du Yunnan, au sud-ouest de la Chine. Le contraste est saisissant: Kunming est une ville chinoise du XIXe siecle: beaucoup de monde, des buildings immenses, de grandes avenues rectilignes et des milliers de velos. Nous sommes bien arrives a Kunming, ce qui n'est pas le cas de nos bagages qui ne nous ont pas suivi! On les recupere le lendemain, quand meme soulages de les revoir (ils semblerait qu'ils aient fait un petit detour par Hong-Kong).


Nous passons deux jours en ville, a decouvrir le quotidien des citadins chinois: tai-chi, badminton, echecs, mahjong, hants et danses dans les parcs pour les aines; shopping pour les plus jeunes. On profite egalement de la cuisine chinoise, faite de riz, de noodles (sorte de spaghetti larges et plats qui beignent dans une soupe), de boeuf, porc et poulet (principalement en ragout ou eminces) et de plein de legumes et champignons dont on ne connait meme pas le nom! Comme on nous l'avait annonce, il y a autant de chinois qui parlent anglais que de Papes en paradis. Du coup, ce n'est pas toujours evident de se faire comprendre dans les restaurants ou dans les gares de bus. Avec patience et debrouille, on fini toujours par obtenir ce que l'on veut. Mais il faut se faire une raison: ce n'est pas en quelques semaines qu'on arrivera a communiquer en mandarin. Car autant la grammaire est simple et logique, les mots et les phrases courtes, autant la prononciation nous est inaccessible. Sans parler de l'ecriture... Bref, on va au devant de situations cocasses! Avant de partir pour les regions montagneuses du Kham et de l'Amdo, nous passons une journee a Shilin, litteralement la foret de pierres. Formations geologiques tres jolies, le tout entoure de beaucoup de touristes chinois (faciles a reconnaitre: ils marchent en groupes d'une trentaine, derriere un guide avec un drapeau, tous avec appareilles photos et cameras, et le plus souvent tout le groupe porte la meme casquette ou le meme chapeau). De Kunming nous roulons vers Dali, puis Lijiang, deux villes historiques de la region, completement reconstruites et adaptees au besoin des touristes chinois. Sympa, mais quand meme un peu trop artificiel. Il y a quand meme quelques jolis temples et pagodes dans les environs. Et finalement nous arrivons a Zhongdiang, aujourd'hui connue sous le nom de Shangri La. Cette ville illustre bien le fonctionnement du tourisme a la chinoise: Shangri La est le nom d'une ville imaginaire, sorte de paradis tibetain jamais decouvert... jusqu'a recemment. Le gouvernement chinois a en effet decide que Zhongdiang etait Shangri La, puisque les environs de la cite soit-disant ressemblent a la description faite par les tibetains. Alors en vitesse des hotels, des routes, des monasteres et meme un aeroport (nous sommes a 3200 m d'altitude) sont construits, la vieille ville renovee (en fait, la vieille ville etait peuplee par de Naxi, non pas par des tibetains), et nous voici a Shangi La. Le pire: c'est que ca marche et que les touristes chinois affluent! Bref, pas de raison de s'attarder trop longtemps ici non plus. Les montagnes nous manquent, alors nous partons pour le bout du monde: Deqin.




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Jeudi 4 juin 2009

Non pas qu’on ne s’y plait pas, mais il est temps de quitter l’Himalaya pour aller voir d’autres contrees. Notre depart de Darjeeling pour Kolkata passe par trois jours a Kalimpong, une ville assez semblable a Darjeeling mais beacuoup plus tranquille et moins touristique. Nous optons pour une chambre de meilleur standing que ce dont on a d'habitude mais cette chambre se trouve dans un cottage au milieu d un magnifique parc que l'on pourrait qualifier de jardin botanique puisqu on y trouve quelques 1000 especes vegetales dont pres de 250 d'orchidees! Malheureusement, notre sejour la-bas sera perturbe par le cyclone Aila qui nous aura arrose pendant pres de 36h non-stop. Des morts a Kolkata, des morts a Darjeeling (principalement glissements de terrains et chutes d'arbres) mais heureusement nous etions bien a l'abri dans notre cottage. Aila fut le premier cyclone a touche la region de Kolkata depuis 28 ans, et les principaux degats se trouvent le long de la cote du West Bengal (ou en plus des degats cause par le cyclone, une catastrophe humanitaire encore plus grave menace la region). La specialite culinaire de Kalimpong est le.. fromage. Tradition initiee au XVIIIe siecle lorsque des jesuites Suisses (qui ont egalement construit une eglise) sont venus dans la region. Aujourd'hui il n'a y plus de jesuites, mais il reste le fromage. Le soleil de retour, il est temps deja temps de partir pour Kolkata, que l'on rejoint depuis Siliguri en bus de nuit. Le bus est fait de couchettes au dessus des sieges assis, et l'on se dit que le trajet va etre plutot confortable et qu'on pourra dormir un peu. Mais c'est sans compter les innombrables nids de poule de la route qui nous ont valu des sauts au plafond et des secousses dans l'estomac qui, bien evidemment, nous (enfin surtout Severine) a empeche de dormir. Et comme on l'a deja (trop) souvent vecu en Inde, un trajet sense durer 12 h aura finalement dure pres de 20h! Une enorme panne après 2 km de route nous a quand meme valu 3h de retard!
Kolkata
Connue sous le nom de Calcutta jusqu'a recement, Kolkata (renomme par le gouvernement indien pour faire un peu oublie l'ere du raj britannique) est une immense ville de pres de 13 millions d'habitants, qui traine une image de ville pauvre, miserable et ou il ne faut pas trop s'attarder. Quelle erreur! Certes, il y a de la pauvrete, il y a des mendiants, mais peut-etre pas plus que dans les autres grandes villes indiennes. Certe, le climat de fin mai (quand on y etait: 35C, 90% humidite, et la mousson qui pointe le bout de son nez) est difficilement supportable. Mais Kolkata est une ville de contrastes. Il y a la ville de la rue, ou de nombreux petits restaurants a meme les trottoirs servent une nourriture excellente pour un prix derisoire dans une ambiance chaleureuse. Il y a la ville qui bouge, ou les cafes climatises et au design futuriste acceuillent la classe moyenne emergeante (et ou il fait quand meme bon de se rafraichir au calme de temps en temps). Et il y a la ville coloniale, avec ces batiments a l'anglaise qui nous transporte dans d'autres temps. Bref, Kolkata vaut le detour, et nous on a eu beaucoup de plaisir a decouvrir cette ville en utilisant tous les moyens de transport a disposition: bus, tram, metro, ferry, taxi et rickshaw.


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Vendredi 22 mai 2009
Le Sikkim est un petit etat indien coince entre le Nepal a l'ouest, la Chine au nord et le Bhoutan a l'est. A peine plus grand que le Valais, le Sikkim est une terre de contrastes. Sur un si petit territoire, le village de Jorethang se trouve a 500 metres au dessus de la mer, et, a une soixantaine de kilometres plus au nord, se trouve le sommet du Kangchenjunga, faisant frontiere avec le Nepal et culminant a quelques 8595 metres! Grace a ces differences, le Sikkim possede des richisses incroyables: de la jungle peuplee d'orchidees aux paturages d'altitudes ou paissent les yaks, cette region fait le bonheur des naturalistes (que nous sommes). De plus, et ce fut une bonne surprise, le gouvernement du Sikkim possede une rare clairvoyance: sont interdits les sacs en plastiques, les pesticides et les insecticides. De plus, il est interdit de fumer dans les lieux publiques. Le systeme educatif marche bien, et l'impacte du tourisme est limite grace a de nombreuses restrictions. Le Sikkim est donc une region vraiment fantastique que nous allons decouvrir en faisant un trek de dix jours nous menant du petit village de Yuksom (1700m) vers le col du Goeche La (4950m), au pied du Kangchenjunga.
Premiere surprise en decouvrant le programme du trek: les etapes sont courtes (pour plus de details: Sikkim - Guiche La ). On comprent rapidement qu'il faut prendre le temps de s'acclimater a l'atitude (on passe en quelques kilometres de 1700 metres a 4000 metres d'altitude) et qu'il faut faire avec une meteo capricieuse (il fait generalement beau de la tombee de la nuit jusqu'au lendemain en milieu de matinee, apres quoi c'est la pluie, la neige et le brouillard qui nous attendent). Ce trek nous amene d'abord jusqu'a un petit sommet a 4300 metres d'ou nous profitons du lever de soleil sur les montagnes, puis ensuite nous montons un vallee jusqu'au Goeche La, ou cette fois le panorama est vraiment grandiose. Mais ces coups d'oeil, il nous faudra les meriter. Nous passons cinq nuits a plus de 4000 metres, dans des conditions assez difficiles: la temperature descend toujours en dessous de zero degre, le brouillard est des plus tenaces... bref, on ne compte plus les heures passees dans nos sacs de couchage, dans les deux metres carres de notre tente. Ca nous laisse d'ailleurs du temps pour louer la qualite de notre materiel et de se dire "comme on a bien fait d'acheter des sacs de couchages et des habits tres chauds (et donc aussi tres chers)". Le jour prevu pour aller au col, nous reglons notre reveil pour 3h du matin afin d'y arriver pour le lever de soleil (et surtout avant le retour des nuages). Mais cette nuit la, il fait mauvais. On modifie donc notre programme et restons au meme camp un jour de plus afin de retenter notre chance la nuit suivante... mais rebelotte: brouillard tenace. Le moral au plus bas, on revient sur nos pas, decus. Mais on se dit qu'il reste un espoir, et l'on convaint notre guide de ne pas partir trop loin du col afin d'eventuellement retenter un montee la nuit suivante. Au moment d'aller se coucher, le brouillard est toujours aussi epais, peut-etre meme plus que jamais. Et a minuit, la visibilite n'est que de quelques metres. Cette fois ca semble cuit. Si bien que quand le reveil sonne a une heure du matin, c'est sans espoir que l'on sort la tete de la tente pour voir... milles etoiles dans le ciel! Il ne faut pas rater notre chance! Malgre un froid glacial nous partons au coeur de la nuit vers le Goeche La et arrivons meme avant le lever du soleil devant un panorama comme on n'en avait jamais vu: d'ici, les montagnes sont si hautes, si blanches, si belles que l'on en croit pas nos yeux. Et il est difficile de finalement leur tourner le dos car le temps commance a nous manquer et il ne nous reste que deux jours pour redescendre a Yukson. Deux jours de longues marches. On finit le trek "sur les rotules" mais tellement heureux!
On rentre a Darjeeling ou nous prevoyons de nous reposer quelques jours, visiter la ville, et preparer la suite du voyage: Kolkata, puis la Chine.

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Jeudi 21 mai 2009
Apres quelques jours de repos a Pokhara, a flaner au bord de son magnifique lac et a regarder au loin les massifs des Annapurna et du Daulaghiri, nous nous sommes mis en route pour l'Inde. Les troubles politiques du Nepal (routes bloquees par les partis d'opposition entre autres) nous ayant empeches de rejoindre Darjeeling par le chemin le plus court (c'est a dire en longeant le Terai - la grande plaine du sud du Nepal), nous voila donc obliges de passer directement en Inde par la frontiere de Sunaulim au sud de Pokhara, et d'aller prendre le train a Gorakhpur. Gorakhpur est une ville de quelques six cent milles habitants, au coeur de l'Uttar Pradesh, ou le seul interet pour les touristes de passage est son immense gare connectee a la plupart des grandes lignes indiennes. Avec la vague de chaleur qui s'abat sur la region depuis plusieurs semaines (il fait plus de 40 C), le choc culturel inevitable lorsqu'on pose le pied en Inde (la pauvrete est toujours dure a voir), et la decouverte que nous sommes en periode de vacances pour les Indiens et que tous les trains sont pleins, on vit des heures difficiles. Finalement, par d'obscures moyens nous avons reussi a obtenir des billets pour aller a New-Jalpaiguri (la grande gare la plus proche de Darjeeling). Mais une fois dans le train on decouvre que, meme si l'on a chacun notre billet, nous n'avons qu'un seul lit (et douze heures de voyage de nuit devant nous). Il faudra donc se serrer un peu, pour ne pas dire beauoup. Ce qui fait d'ailleurs bien rire les Indiens autour de nous pour qui la pratique est courante. Et c'est finalement apres dix-sept heures de train (et donc cinq heures de retard) que nous arrivons a destination. Il nous reste encore trois heures de jeep sur une route totalement inadaptee a la densite du traffic pour monter jusqu'a 2000 metre daltitude pour arriver a Darjeeling.

Darjeeling, tout le monde connait. Sous l'occupation anglaise, Darjeeling est devenue une "hill station", a savoir l'endroit ideal pour les residents anglais pour echapper a la chaleur estivale de Calcutta. Si bien que Darjeeling est devenue au XIXe siècle la capitale d'ete de l'empire des Indes britanniques. Au vu de son climat, et par crainte de voir la Chine se positionner en leader du commerce du the, les anglais ont commence a y planter le celebre arbuste qui tapisse d'un vert magnifique les collines environnantes. Ajourd'hui, la classe moyenne de Calcutta remplace les anglais dans les hotels, et les guest-houses plus basiques sont les reperes des backpackers que nous sommes. Nous visiterons la ville, son zoo himalayen et son jardin botanique plus tard, car nous voulons profiter des quelques jours qu'ils restent avant l'arrivee de la mousson pour aller au Sikkim voir les montagnes de plus pres.




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Jeudi 30 avril 2009
Le Kangchenjunga. Considere quelques temps comme etant la plus haute montagne du monde, les GPS et autres outils de mesures modernes l'ont retrograde au troisieme rang. S'il en a des lors perdu en celebrite, il en a certainement gagne en serenite. On voulait un joli trek moins couru que l'Everest ou les Annapurnas, et nous avons vise juste! Situe tout a l'est du Nepal, loin de Kathmandu, dans une region connue ces dernieres annee pour avoir ete le bastion des maoistes, le massif du Kangchenjunga voit peu de trekkers, et encore moins d'expeditions visant a atteindre son sommet, repute difficile. Notre trek devait durer 17 jours, mais les mauvaises conditions meteo ont empeche notre avion d'atterrir sur la pelouse de Sukhetar qui sert d'aerodrome. Apres avoir survole la region, retour en plaine, a Biratnagar, ou nous prenons une jeep qui nous amenera, par la route, a Sukhetar. Par la route, c'est un bien grand mot. Car si les premiers kilometres a travers rizieres, plantations de the et gorges profondes se font sur un jolie route goudronnee, les cent derniers kilometres se font sur une piste en terre defoncee, etroite et sinueuse. Finalement, au lieu de vingt-cinq minutes en avion, nous avons mis quatorze heures en jeep pour rallier le depart du trek. Mais nous ne sommes pas decus: les paysages etaient superbes, et ces trajets en jeep sont toujours des aventures merveilleuses. Nous rencontrons notre equipe de porteurs et de cuisine, paquetons les affaires et partons a pied. De 1500 m d'altitude, nous montons en plusieurs jours jusqu'a 4800 m au lieu-dit de Okthang ou nous avons une vue magnifique sur le massif du Kangchenjunga. Ces premiers jours nous permettent de nous acclimater a l'altitude (mais malgre tout la migraine n'a pas manque de nous toucher a differents niveaux, mais rien de bien grave). Ces jours nous ont aussi permis de toucher de pres la vie de village de cette region. Les cultures en terrasses de cereales, riz et pommes de terre et la ceuillette de cardamone dans les forets humides, l'elevage de quelques vaches, cochons et poules occupent les journees des locaux. Il fait beau tous les jours... jusqu'en fin d'apres-midi ou nous essuyons regulierement de jolis orages. L'ambiance est excellente, la cuisine de grande qualite, tout va bien. Comme seuls autres touristes pour nous accompagner ces premiers jours, une equipe d'alpinistes espagnoles (enfin, comme ils se decrivent eux meme "trois basques, un catalan et le reste, se sont des espagnols") et de la televion espagnole qui les suit. Ils veulent atteindre le sommets du Kangchenjunga. Ils sont sympas et mettent l'ambiance le soir au campement. La limite des cultures et de la foret est proche des 4000 metres d'altitude, et au-dessus on decouvre la vie des montagnes, ou les yaks, les bahrals (sorte de moufflons) et les grands rapaces et charognards (y compris le gypaete) dominent. La neige n'est pas loin, les nuits fraiches (certainement un peu en dessous de zero degre). Et les paysages grandioses. A Okthang, seuls faces aux plus hautes montagnes du monde, on se sent petits, et l'on prend plainement mesure de la chance qu'on a d'etre ici. Apres Okthang et la face sud du Kangchenjunga, nous nous rendons a Pang Pema, a 5200 metre d'altitude, pour contempler la face nord de la montagne. Mais pour y arriver, il nous faut traverser trois cols puis remonter une autre vallee pendant trois jours. La traversee des cols fut une longue journee, pour nous mais surtout pour les porteurs (qui ont quand meme 30 kilos dans le dos!). Neige et brouillard au rendez-vous ne rendent pas la marche facile. Mais ces porteurs sont vraiment de solides gaillards! Et les mots ne seront jamais assez elogieux pour decrire leur incroyable forces physique et mentale. Donc finalement nous atteignons Pang Pema, et la aussi la chance fut avec nous puisque les nuages se dissipent et nous offrent une vue grandiose sur le Kangchenjunga et toutes les montagnes environnantes, faisant frontieres avec l'Inde et la Chine.
Les derniers jours de marche se passent a redescendre une vallee pour rejoindre le point de depart.Ce qui est interessant, c'est que culturellement la vallee qu'on a monte et differente de celle descendue, donc on ne s'ennuie pas. La vallee est bouddhiste, longtemps influencee par le Tibet, et nous en profitons pour visiter quelques monasteres. En plus, les rhododendrons commencent a fleurir (et ici les rhodo n'ont rien a voir avec les buissons de chez nous. Ce sont des arbres de plusieurs metres de haut!). Et l'avant dernier jour - 20 avril - Severine a meme droit un digne anniversaire, avec ragout de chevre (on a enfin compris la vraie utilite du kukuri, le couteau local... mais la pauvre chevre, elle, n'a par contre rien vu venir...) et un joli gateau. La bonne humeur des Nepalais (et peut-etre aussi l'alcool de millet local) ont anime la soiree de chants et de danses. Un bel anniversaire.
De retour a Sukhetar, fatigue mais heureux, nous attendons le petit avion (un twin otter de vingt places dont l'etat aurait de quoi effrayer plus d'un controleur aerien de chez nous) qui nous ramene a Biratnagar, puis a Kathmandou.
L'Himalaya comme ont en revait: si haute, si riche culturellement, si depaysante.

 

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Jeudi 30 avril 2009

Kathmandu

 

Arrivee a Kathmandu, principale ville du Nepal. Immediatement nous sommes plonges dans l’ambiance si chaleureuse des grandes villes asiatiques: embouteillages, klaxons a tout va, poussiere, un monde incroyable dans les rues… le contraste avec le calme helvetique des villes de chez nous est frappant. Surtout qu’il fait deja plus de trente degres, et, comme il n’a pas plu depuis des semaines, l’air est charge en poussiere (d’ailleurs nous ne voyons pas les sommets de l’Himalaya qui ne sont pourtant pas si loin de la ville). Nous passons deux jours ici avant et six jours après le trekking. Kathmandu a tellement a offrir que ce n’est pas trop. Et les Nepalais sont vraiment sympas. Comme beaucoup parlent un peu l’anglais, le contact est assez facile. Et cela nous permet de nous risquer a prendre les transports publics (des minibus d’une dizaine de places transportant jusqu’a vingt personnes: confort zero, mais ambiance assuree!) et de tester les plus petits des restaurants locaux (ou la qualite de la nourriture n’a vraiment rien a envier au restaurants dits touristiques). La vie a Kathmandu est aussi rythmee par de nombreux aleas, comme les frequentes coupures d’electricite (environ 18 heures par jour! Les barrages sont vides), les routes soudainement bloquees, les embouteillages (une heure pour faire a peine quatre kilometres en taxi)… Sympa quand on est des touristes ici pour quelques jours, mais j’imagine penible au quotidien.

Nous profitons de decouvrir les richesses culturelles de la region. Kathmandu est au coeur d’une vallee peuplee depuis des millenaires, et, etant a la frontiere des mondes hindoux et bouddhistes, des mondes indiens et tibetains, la region est un mélange culturel tres interessant. Ceci est bien visible lorsqu’on visite un des nombreux temples de la ville: ceux-ci ne sont jamais totalement bouddhistes, ou totalement hindouistes. A cote d’un stupa (monuments de culte bouddhiste) se trouve presque toujours une statue d’une divinite hindoue (le plus souvent de Shiva, protecteur de la Vallee et des Nepalais). On raconte que, de peur de facher une divinite, les nepalais prefere les honorer toutes. Au court des derniers siecles, trois villes se disputaient le pouvoir sur la region: Kathmandu, Patan (aujourd’hui une petite ville attachee a Kathmandu) et Bakhtapur. Ces trois villes possedent encore aujourd’hui les vestiges des places royales d’antant. L’architecture des temples et palais de ces places est incoyable! Le travail des artisants locaux en plein XVIIe et XVIIIe siecle est remarquable.

Apres ces visites, nous nous rendons dans le quartier de Thamel, haut-lieu du tourisme de Kathmandu, pour faire nos emplettes et ramener pleins de beaux souvenirs en Suisse. Il faut marchander dur pour obtenir un bon prix. Mais l’ambiance est toujours bonne, surtout quand les vendeurs parlent bien l’anglais. En conclusion, Kathmandu vaut la peine d’etre vue et d’etre vecue! Mais maintenant, il est temps de rejoindre Pokhara et son calme legendaire…

 


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